Poursuivons notre découverte des fouilles archéologiques du site de l'ancienne église de Froidlieu. Entre autres séquences : "dis-moi comment tu enterres..." et "autres temps, autres moeurs, ou : les crânes n'ont qu'à bien se tenir".

Source : "Froidlieu - rapport de fouilles"
Les modes d'enterrement, sur le calcaire affleurant de la butte, ont évolué au cours du temps. Ainsi apprend-t-on que le cercueil n'apparaît que très tardivement, ici : fin du XVIIème, debut du XVIIIème siècle. Avant cela, les corps étaient déposés dans des fosses. Voire sous quelques centimètres de terre, sans plus.
Les fosses pouvaient être à contenant (empierrement) ouvert, le corps, enveloppé dans un linceul, étant alors déposé dans une fosse plus ou moins rectangulaire ; ou à contenant contraignant. Dans ce cas, l'empierrement épouse les formes d'un sarcophage.

C'est précisément un contenant de ce type qui était en cours d'étude lorsque nous sommes arrivés sur le site, fin juin 2006. Petit descriptif, sous la direction de M Mignot, de la tombe de celui que nous allons appeler François, tiens... ça n'en fera jamais qu'un de plus sur Médiardenne, et, au moins, celui-la... :o)

Bref, François est allongé dans une fosse en forme de sarcophage : étroite au niveau des pieds, plus large aux épaules et pourvu d'une encoche céphalique. Cette "niche" pratiquée au niveau de la tête permettait de maintenir celle-ci alignée sur le reste du corps durant le processus de décomposition.

Les murs sont de facture soignée, et il est fort probable qu'une planche recouvrait le tout. François devrait donc être mort entre le XIème et le XIIIème siècle ; et compter, à l'un ou l'autre titre, dans la communauté de l'époque. Le type de fosse, et sa disposition dans l'espace marquaient en effet certaines distinctions de classes entre défunts.
L'ÉGLISE AU COURS DES SIÈCLES
Bâtiment principal de la butte, l'église est tout d'abord une chapelle funéraire, avant de devenir l'église du domaine, élevée au rang d'église paroissiale au VIIIème siècle. Elle ne subit aucune transformation notoire jusqu'au XIIème siècle. A cette époque, le presbytère du XIème siècle est abandonné et remplacé par une construction massive en pierre, à l'ouest. Une position dominante, devant l'entrée de l'église, qui impose une modification de l'accès à celle-ci.

Quelque quatre cents ans plus tard, ce presbytère disparaît à son tour, dans le cadre de l'agrandissement radical de l'église primitive, avec reconstruction de la nef, construction d'une tour-clocher à l'ouest, agrandissement du choeur à chevet plat, doté d'une sacristie, et aménagement d'un porche d'entrée au nord. A cette occasion, l'église reçoit de nouveaux fonts millésimés de 1555 que nous retrouverons ensuite dans l'actuel sanctuaire. Le concile de Trente est passé par là.

Passent ensuite les guerres de Trente ans et le conflit franco-espagnol : Froidlieu est abandonné, et son église avec lui. Elle est en ruine, lorsque le calme revient. Décision est prise, alors, d'abandonner la bute et de reconstruire un nouvel édifice dans le village lui-même.
AUTRES CONSTRUCTIONS
Outre les constructions à fonctions presbytérales primitives, à caves enterrées et murs en pan-de-bois, situées en bordure orientale du cimetière, les structures de deux autres édicules ont été repérées sur le site.
Au N-E, dans la petite carrière ouverte en 1884, deux murs en mœllons non équarris et assemblés à sec ont été exhumés. C'est là, selon toute probabilité, que les restes humains seront ré-inhumés à la fin des travaux d'étude actuels.

Au S-E, ce sont les traces d'un atelier de métallurgie, datant probablement de la fin de l'époque carolingienne qui ont été récemment découvertes. De nombreuses scories y ont été mises à jour, de même que l'emplacement du foyer, à l'ouest du bâtiment.
PERSPECTIVES
Les fouilles touchant à leur fin, que va devenir le site de l'ancienne église de Froidlieu ?
Une fois examinées, les tombes ont été, et sont, à nouveau enfouies. Les archéologues verraient bien les superstructures de l'église et ses pierres de fondation dégagées, sa surface recouverte de gravier et l'ancien cimetière aménagé en pelouse calcaire représentative de celles que l'on rencontre en Calestienne. Un ossuaire serait établi sur le site de l'ancienne carrière. Ils espèrent...

Car un vent favorable nous a fait part d'un projet, complémentaire ou non du précédent, un rien loufoque : il s'agirait d'établir... une plaine de jeu sur le site. Ni plus, ni moins. Et pourquoi pas un jeu de quilles, tant qu'on y est ? Il doit bien rester quelques crânes çà et là pour faire couleur locale, non ? ;o)
Nous ne pouvons, pour notre part, que nous associer au projet des archéologues, tout en regrettant que l'une ou l'autre fosse, particulièrement représentative, ne reste pas visible. Sous une dalle de verre anti-effraction, par exemple. Une bonne signalisation, quelques bancs, et le visiteur trouverait alors à la fois un site tel que ceux de plus en plus recherchés par le tourisme "intelligent", dans un cadre propice à la méditation et à la découverte de la végétation typique de la Calestienne. Le tout conforme à la vocation première du lieu, au bout du compte.
P@3ck