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Jules Bebronne, le Sorcier au Fil d'argent (1/2)
Ecrit par :Patrick Germain 28-01-2008
Découvrant l'autre jour un fer à cheval perdu, j'y remarquai la présence d'un biseau caractéristique : le « fil d'argent ». Suivons-le, à la rencontre de Jules Bebronne, un maréchal-ferrant quelque peu sorcier.


Le « fil d'argent », biseau de la partie supérieure d'un fer-à-cheval, consiste en une opération optionnelle qui permettra à l'ongle du cheval ainsi ferré de ne pas déborder en repoussant. C'est, en fait, une manière de signature. Au même titre que les pinces « tirées », la branche demi-turque ou le relevé en bateau. Signature. Les forgerons ont toujours été un peu sorciers, dont les filiations remontent à la nuit des temps par de singuliers cheminements ne devant pas souvent grand chose aux liens du sang. En l'occurrence, vu le lieu, je pensai : « Thirifayt - Bebronne – Noirfalize». Car Yannick doit beaucoup à Jules, qui lui-même doit une bonne partie de son art à Félix. Félix Noirfalize.

Un nom qui ne vous dira rien, sans doute. Ni à beaucoup d'Ardennais qui, pourtant, possèdent encore un « Jalhay » dont ils se servent peu ou prou. Félix Noirfalize était jadis passé maître dans le forgeage de ce type de serpette – on dira un « firmin » - qui assura longtemps la renommée du village fagnard bien au-delà de son aire d'influence naturelle.

ITINÉRAIRE D'UNE LÉGENDE

C'est chez lui, puis à l'école de maréchalerie de Bruxelles et enfin chez Guillaume, à Vielsalm, que Jules Bebronne - né en Normandie un jour d'août 1927 - fit son apprentissage avant de devenir « le Sorcier » auquel on fera appel de tous les horizons d'Europe, pour les cas difficiles.

Notre première rencontre se produisit un matin où mars soufflait ses hâles sur Petit-Thier. Pol Guillaume venait de sortir (les légendes se recherchent) et quelques saillies flottaient encore dans l'air enfumé de la forge. Comme d'habitude, le duel avait fait l'une ou l'autre victime collatérale - messieurs bien en place, bigotes et autres « yaka » - sans pouvoir départager ses protagonistes passés maîtres dans l'art subtil de saper les piédestaux.

À septante-cinq ans, Jules était ce qu'il fut et reste : un homme debout, carré mais sans violence. Attachant. Et qui, passé quelques échanges scrutateurs, racontait comment, au gré du temps et des expériences, il avait fini par devenir une référence en matière de ferrure pour les chevaux de selle, dont le secret tient en trois mots : « patience, parole, et espace ». Les deux premiers pour comprendre le cheval, et lui faire oublier qu'on travaille sur son pied. Le dernier pour éviter les mauvais coups, tant il est vrai que seuls ceux qui « font du cheval » ignorent que : « Li mèyeu dè tchfås a touwé s'mèsse » (« Le meilleur des chevaux a tué son maître »).

LA MARQUE DU SORCIER

Techniquement ? « D'abord, une bonne parure. Un cheval mal paré sera toujours un cheval mal ferré. Pour ça comme pour le reste, il faut avoir un bon coup d'oeil et travailler avec précision, sinon, tu finis toujours par faire mal au cheval d'une manière ou d'une autre. Et je ne supporte pas qu'on fasse mal a un être vivant par bêtise, ou par négligence. C'est valable pour les maréchaux qui cochonnent leur travail, mais pas seulement : il y a pas mal de propriétaires qui te disent qu'ils aiment bien leur cheval et qui feraient mieux d'acheter une moto ! » Dont acte, et parfois utile à rappeler.

Quant à savoir ce qui rendait les ferrures du Sorcier reconnaissables entre toutes : « Je ferrais systématiquement avec la branche demi-turque, et un relevé en bateau, très prononcé. La demi-turque, plus étroite, plus haute, et en biais vers l'intérieur, fait que les chevaux ne se blessent jamais. Et l'avant du fer relevé, en forme de proue de bateau, facilite leur déplacement. Ça correspond un peu à la point d'une chaussure, qui est aussi un peu relevée, en plus d'être souple. »

« Pour fixer, j'employais trois sortes de clous [Jésus-Christ], avec des têtes carrées et des lames plus longues et plus fines, pour ne pas blesser. Il fallait repasser les étampures, mais ça prend à peine un peu plus de temps. Quand le fer est encore chaud, il n'y a pas de problème, et à mon avis c'est nécessaire ».

Et puis, bien sur, le « fil d'argent », dont nous continuerons à remonter la trace dans le second volet de ce portrait. Plus que trois fois dormir ;-)

 

 



Crédit(s) photographique(s):Patrick Germain

Note :



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