Une promesse est une promesse, et Médiardenne sans pitié : à présent que les poids et mesures anciennes n'ont plus de secret pour vous, passons aux unités monétaires. Une calculette, un cachet d'aspirine et hop !

C'était au temps où les monnaies portaient un nom qui ne devait rien au Monopoly, et pour cause : leur valeur faciale, quand ce n'était leur valeur objective, correspondait à du bel et bon métal et pas à une fiction plus ou moins délirante en fonction du prix de la cocaïne. Un temps où faussaires et princes peu scrupuleux finissaient ruinés, voire joyeusement écartelés, décapités, estrapadés, lorsque leurs fantaisies monétaires dépassaient les bornes. Je vous laisse imaginer le bain de sang que ça donnerait de nos jours... mais tout fout le camp, n'est-il pas... ;o)
Ceci dit, il y avait de quoi foutre le camp à l'heure des comptes lorsque, aux alentours du dix-huitième siècle :
le carolin de Bavière valait vingt florins
tandis que la pistole n'en valait que quinze
que le ducat équivalait à deux écus (en argent)
lequel écu se divisait en quatre florins (d'argent)
florins valant vingt patars (ou “ sols „)
soit deux escalins
l'escalin recouvrant dix patars
ou une demi-plaquette
la plaquette équivalant à cinq patars
patars (sols) eux-mêmes divisés en quatre liards.

D'où l'on déduit fort logiquement que l'expression “ avoir des liards „ au sens originel devait relever davantage de l'ironie que de l'envie.
D'autant que certaines monnaies étrangères avaient également cours, valant un sacré paquet de liards. Ainsi
la pistole de Navarre valait-elle cinq écus, quatre escalins et demi
tandis que le soleil ou “ Louis d'or au soleil „ valait cinq écus
la couronne de France ou “ gros écu „ septante-deux sols
et le Louis vertugadin quatre couronnes de France
pour nonante-cinq sols à la couronne de la Reine, ou “ de Brabant „.
Tout ça, me direz-vous, est bien instructif mais demeure fort abstrait.
AFFAIRES D'ÉCUS
Aussi penchons-nous un instant sur la mercuriale des prix pratiqués à Lierneux, sur base des archives notariales de ce même dix-huitième siècle. Lesquelles nous rapportent que :
un quarteron d'oeufs (26) se payait alors cinq patars
un pain, cinq à huit patars
une poule, entre dix patars et un florin
un setier de sel, deux florins et huit patars
une livre de sucre, entre douze et quinze patars
une livre de miel, cinq patars
un pot de bière, trois patars
une bouteille de Bourgogne, un florin
une livre de café, dix-huit patars
et une livre de lard, un liard.
Côté loyers, les prix varient de quatre à quinze florins annuels pour une maison (un peu plus si elle possède un verger). Et sauf si, à l'instar du Médecin et échevin Wilhelmi, vous tenez à louer le château d'Huart, son jardin et son verger quatre-vingts florins annuels pour un bail de quatre ans.

Le prix moyen d'une maison neuve tourne autour de soixante écus, mais on en trouve, aux deux extrémités, entre quarante et trois-cents écus.
Quant aux salaires, ceux-ci varient de dix à trente patars quotidiens pour les journaliers, la meilleure part allant aux ouvriers spécialisés et à leurs maîtres (un florin et cinq patars pour un charpentier, contre quatorze patars à un scieur de planches et dix à un ouvrier agricole).
Le travail des femmes est rémunéré moitié-moins, quand tout va bien. Sous contrat domestique, un salaire annuel de six à dix écus leur est alloué, auxquels peuvent s'ajouter des avantages en nature, tels “ deux paires de souliers, un chapeau, une chemise et une livre de laine „. Ceci dit, il leur arrive (rarement, faut-il le dire) de toucher le gros lot, à l'instar de la servante des Lecarte avec ses 300 écus et une vache, reçus en récompense de ses bons services. Parée pour ses vieux jours, la madame.

S'il est difficile de comparer les valeurs vénales, le rapport en heures de travail aux salaires actuels ne pose pas de problème majeur : prêtez-vous à l'exercice, il est édifiant. Ça vous met, par exemple, la livre (467 grammes*) de café au mieux à une demi journée de travail de l'époque, et au pire à près de deux jours.
Ne parlons pas des “ manouvriers „, véritables parias représentant toutefois quelque 20 % de la population, qui se débrouillent comme ils peuvent et plus souvent mal que bien.
Tout ça donne des frissons, quelque-part. Mais c'est une autre histoire. Qui, je veux l'espérer, ne fera pas l'objet d'un article de Médiardenne, dans cent ans...