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Triste à gueuler ! (Billet d'humeur)
Ecrit par :Mab Taran 14-11-2007
Nous nous sommes tant aimés, vous souvient-il, Belles Dames du haut-plateau ?

C'était naguère. Quand, en culottes courtes, j'affrontais ce vertige qui me tenaille encore, depuis la tour alors en Baraque Michel. Au loin, c'était ailleurs. Les reflets, les clochers, des Pays d'en-dessous. Ces Pays qui jamais, je le savais déjà, ne sauraient être miens.

Je vous revis souvent. Seul ; goûtant l'âpreté, fauve, mélancolique, de vos matins brumeux. Maniant la boussole aux âges du Totem, j'appris tant qui me sert en ressortant crotté, trempé, vanné, des landes ; des tourbières encore, ou des grandes forêts. Mon premier métier d'homme - creusant là un fossé, tendant ici clôture, élaguant ou "pelant" la rasette à la main - c'est encore chez vous que je l'ai pratiqué. Quelques centaines d'arbres sont un peu mes enfants, que ma houe a plantés et qui ont bien grandi. J'en suis fier, grand merci.

J'étais à vos chevets, septante-six brûlait. Une belette alors m'avait curieusement remercié d'être là pour la sauver des flammes : mon majeur s'en rappelle. Et mes os des grands froids.

Nous nous sommes tant aimés. Je vous dois tant et tant de ce qui me possède, m'émeut et m'aide à vivre. De ce qui me grandit quand même certains soirs tout me semble perdu, que mon humanité libère ses démons. Le peu que j'ai donné, vous me l'avez rendu au centuple et bien mieux.

Je suis, et à jamais, un fils de la forêt, des landes, des rivières, qui se fout de savoir qu'il est bon paraît-il passé un certain âge d'arrêter de parler aux arbres, aux chevreuils ; de croire au Petit Peuple. Qu'en savent-ils, ceux-la, qui ne connaissent rien et qui mourront idiots ?

Ceux-la et leurs semblables, qui s'en vont proclamant la nature à chacun quand elle est à personne ! Quelle nature, au fait, quand leurs troupeaux braillards ont réduit à néant ou chassé à jamais d'un désormais décor tout ce qui leur fait peur ? Tout ce qui est fragile ? Qui ne "rapporte" pas ?

Nous nous sommes tant aimés, Belles Dames du haut-plateau. Nous nous aimons encore. Mais j'ai le coeur serré de vous voir à l'hospice, cernées de barrières et frappées d'interdits. Et si vos médecins, dont nombre sont mes frères, restent chers à mon coeur, je conchie les malades qui ne respectent rien et qui, voulant tout voir, passent à côté de tout et surtout de l'Essence.

J'avais triste de nous, ce jour la, Belles Dames. J'étais triste à gueuler.

P@3ck - Mab e Taran




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