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Promenade commentée : aux sources de l'Ourthe orientale
Ecrit par :Patrick Germain 18-04-2008
C'est une promenade familiale, idéale pour les jours où l'ardeur du soleil se fait insistante, que nous allons parcourir ensemble cette fois. Adroit dosage de passages en sous-bois et d'échappées champêtres, balisée avec soin par le SI de Gouvy, elle ne présente pas de difficulté majeure et l'asphalte y est discret.


Au départ de l'église d'Ourthe, volume de béton construit de 1964 à 1969 sur les plans de l'architecte Bastin, les croix vertes du parcours nous invitent à traverser la chaussée en direction de l'Ourther Millen – moulin d'Ourthe – dont la toponymie rappelle que le village fut longtemps bercé par les accents de la langue de Goëthe, et posséda son moulin.

Ourthe, comme son nom l'indique, salue la naissance de l'Ourthe orientale à laquelle quatre ruisseaux principaux vont donner une ampleur digne de son statut avant qu'elle serpente jusqu'à son confluent, à Engreux, avec la branche occidentale de la rivière et, par-delà, vers la Meuse à Chênée.

C'est l'un de ces rus qui va nous servir de guide, durant les premiers hectomètres. Un peu à l'écart du village, les habitants de ses berges en ont fait un quartier charmant qui a su tirer parti du chapelet d'étangs nichés dans la verdure.

Et où l'on peut faire de surprenantes rencontres : « bauge de là ! » semblent dire les robustes sangliers dérangés dans leur fangeuse rêverie. Attention, la clôture est électrifiée. Hmm ? Trop tard ? Bah, il n'en mourra pas, et ça lui fera des choses à raconter ;o)

Les bâtiments d'une grosse exploitation agricole se découpent, sur le sommet d'une côte dont le pourcentage, s'il n'est guère impressionnant, nous amène pourtant aux alentours des cinq cents mètres d'altitude. En nous retournant, nous découvrons alors un beau paysage alternant, loin sur l'horizon en direction de l'Ardenne liégeoise, forêts et espaces défrichés.

Alors que nous quittons le découvert, le village de Deiffelt apparaît sur notre gauche tandis que l'asphalte, mangé par le charroi, laisse affleurer le rocher. Les tendons ne s'en plaindront pas, à présent soumis à un régime assouplissant dont ils raffolent. On ne dira jamais assez combien l'asphalte, séduisant faux-cul, est assassin.

Quelques mètres après avoir emprunté la branche gauche d'une fourche, un petit chemin bien agréable à parcourir nous amène vers un quartier de Deiffelt dont les propriétés cossues rappellent – non sans quelques lourdeurs - qu'elles sont privées. Je me suis toujours demandé de quoi ce type de lieu était privé. Vous le savez, vous ? ;o)

Soit. Après avoir croisé le parcours du « sentier de la Prusse », poursuivons dans l'ombre propice qui, en lisière, révèle les mille parfums de cette vallée vers la source de laquelle se profile la masse du centre commercial frontalier bien connu. Esthétiquement, ça aurait pu être pire : les volumes et leurs tons ne font pas « tache », merci monsieur l'architecte.

Un plein paquet de pensées sauvages plus loin, le parcours joue les sauvageons pour quelques mètres d'un véritable sentier de braconnier s'insinuant entre deux pâtures. Heureuse initiative du syndicat du même nom, ce petit bout de la balade réveillera chez certains bien des souvenirs d'enfance.

La frontière nous accueille à présent, dont nous allons longer le tracé en suivant un hôte délicatement azuré. Un argus bleu, peut-être ? Qu'en dites-vous ?

De racines en rocailles, saluant au passage un chêne solitaire, salués par les chants des grives, des pinsons, le sarcasme des geais et la plainte des buses, nos pas vont nous mener à la borne de fonte numéro 284, où les lions adossés rappellent que c'est en 1839 que le Luxembourg acquit son indépendance d'avec la Belgique selon les termes du Traité des XXIV articles. Daté de 1843, on notera par ailleurs que le repère remonte au « Zollverein », union douanière allemande à laquelle le pays fut intégré en vue de remédier à la perte des marchés belges. Ce qui n'empêcha pas le Luxembourg de traverser de graves difficultés durant la plus grande partie du siècle ; raisons pour lesquelles un cinquième environ de sa population émigra aux États-Unis entre 1841 et 1891. Comme dirait Julos : « Le monde a bien changé, sais-tu ! »

Suivant les pas des Anciens – la région est peuplée depuis la plus haute antiquité, et traversée par une voie immémoriale – nous allons à présent cheminer vers Wathermal en tenant le milieu d'une voirie forestière dans laquelle les roues de charrette ont imprimé un profil caractéristique.

À l'orée du village, la friche du lieu-dit « Grafen Garten » abrite une importante colonie de coquelicots, face à une croix de schiste dédiée à la mémoire de Michaël Peffer, de Niedrum, mort en ce lieu le 18 mars 1793. Témoignage d'un art funéraire régional jadis réputé, quelle histoire peut-elle bien raconter ? Foudre, assassinat, accident ?

Bien vivant, par contre, Wathermal nous accueille. Propret, avec ses garnitures florales et ses jardinets en bordure de route, le village vaut qu'on le parcoure. Aussi laisserons-nous l'itinéraire officiel, pour une petite boucle dont il serait dommage de faire l'économie.

Et tant qu'à pérégriner à la manière de Médiardenne, quittons Wathermal en empruntant le parcours de liaison qui, via un lieu-dit « Auf-Thommen » dont la toponymie laisse deviner la présence d'un ancien champ de repos, va nous ramener à Ourthe par le chemin des écoliers. Il prend sa source juste derrière les installations en bois de l'espace collectif, et longe la rive gauche du ruisseau.

Dans l'ombre découpée des frênes, les cailloux roulent sous nos pas qui serpentent dans la campagne au gré des humeurs vicinales. À la fourche, continuons en traversant une prairie de fauche sans nous égarer en dehors des limites du chemin qui s'y dilue un peu jusqu'à reprendre des allures plus conventionnelles lors de la rentrée sous le couvert des épicéas.

Un peu d'attention nous permet de relever, à notre droite, une malformation remarquable sur une branche de l'un de ceux-ci.

Retour au balisage, constitué par les croix bleues d'un autre itinéraire de base dont nous allons remonter le cours jusqu'à notre point de départ. Les premières maisons apparaissent au creux de la vallée, et nous laissons sur notre droite un abri pour bétail réalisé « à l'ancienne » après avoir enjambé un petit affluent de l'Ourthe orientale.

Les quelques hectomètres qui, revenus sur le fléchage officiel de notre balade du jour, nous ramènent à l'église d'Ourthe, permettent d'admirer quelques belles façades et de noter au passage que cette heureuse localité possède encore une école primaire où il doit faire bon grandir et apprendre.

Nous y voici ! Libre à vous de baguenauder un peu dans les ruelles du village où quelques anciennes bâtisses typiques du style régional sont visibles ; ou de découvrir le mémorial de l' Offensive d'Ardenne, au pied du chêne de l'indépendance planté le 6 juin 1930 : moi, je file découvrir la promenade suivante, plus à l'Ouest.

Bonne fin de journée, Pèlerins, et à bien vite !


Crédit(s) photographique(s):Patrick Germain

Note :

Caractéristiques :

Carte : Gouvy, au coeur de la Haute Ardenne (SI, Maisons du Tourisme et librairies) Balisage impeccable, que l'on pourrait suivre... les yeux fermés :o)

Kilométrage (détour compris) : 10 km. Durée : 3 heures environ.

Difficulté : 1/5

Intérêts : patrimoine naturel – petit patrimoine - histoire - paysages -

Accès : moyens personnels ou lignes d’autobus (TEC, zone 93 – ligne 848)

Sur la toile :



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