Partir. Pour changer d’air, voir autre chose, profiter de notre court passage sur cette belle planète pour la découvrir un rien.
La curiosité est un moteur puissant difficile à maîtriser parfois.
Paradoxalement, en ce qui me concerne, l’expatriation m’a rapproché de mes origines, car si j’ai physiquement quitté l’Ardenne, j’y suis toujours très attaché, vous l’aurez sans doute remarqué !

Un terroir c’est un ensemble de caractéristiques physiques, géographiques et autres trucs en «iques» particuliers. C’est surtout un état d’esprit, une confluence d’éléments impalpables mais terriblement réels, bien qu’il soit impossible d’en faire clairement état. Vous suivez ?
Je crois que l’on fait partie d’une région, d’un pays - peu importe la taille – quand on ressent profondément en soi l’âme des lieux où l’on vit. Je devrais dire les âmes, car les ressentis sont multiples.
Je le dis sans ambages, la majorité des Ardennais que j’ai rencontré dans ma vie ne sont pas, de mon point de vue, Ardennais. Car vivre dans un lieu ne suffit pas pour en faire partie ou s’en revendiquer. Ils ne vivent pas en Ardenne, ils vivent SUR l’Ardenne, ils vivent DE l’Ardenne, sans en toucher l’essentiel, sans la percevoir comme elle est, un espace riche, une sorte d’esprit naturel indomptable balafré des plaies laissées par l’histoire et le travail de nos aïeux, une force qui émane de partout, une force que je sens disparaître sous les coups répétés et aveugles des faiseurs de frics et de leurs pelleteuses.
Il ne suffit pas de vivre sur un lieu, il faut L’HABITER ! Il est indispensable de s’ouvrir à lui, de le laisser s’infiltrer par tous les pores de votre peau poPatrick Germain (Wathermal - Gouvy)ur qu’il vous pénètre et vous possède. Alors seulement, vous en prendrez vous aussi possession passionnément et vous aurez cet incroyable sentiment de plénitude qui vous prendra par le simple fait d’être là, présent en ce lieu que vous aurez choisi et qui vous aura accepté comme partie prenante de lui-même. Vous ressentirez alors l’inextinguible envie de tout savoir sur lui, et je vous jure que vous sentirez d’invisibles racines sortir de votre tête et de vos pieds et s’ancrer profondément en son sol. C’est ce que je ressens. Je vis loin de l’Ardenne et je découvre d’autres lieux et d’autres âmes. Mais les indispensables racines de ma tête se nourrissent toujours en Ardenne, là-haut dans les Fagnes.
D’aucuns me classeront dans la série des romantiques lyriques dépassés. Soit. Ça leur évitera une remise en question qui leur ferait du bien.
L’Ardenne disparaît les amis. Oui, cet esprit formidable est mis à mal. Je le ressens au plus profond de moi. Mis à mal par ceux, majoritaires, qui n’en prennent pas soin car ils n’ont même pas idée de son existence intangible mais bien présente. Il est grand temps que les Ardennais ouvrent les yeux de l’âme avant qu’il ne soit trop tard, et qu’ils se ressourcent à leur propre terre plutôt que de la piétiner.
Car seul restera alors un nom, vide de sens.