La Maison de la dernière cartouche, à Bazeilles, est l'un des sites de mémoire les plus marquants de la guerre de 1870. Un musée y rappelle les combats qui opposèrent durant deux jours deux brigades des Troupes de la Marine aux soldats Bavarois du général Von der Thann.

La situation stratégique de l’Ardenne en aura fait le théâtre d’innombrables mouvements de troupes à travers les siècles, avec tout ce que cela signifie. De telle sorte que le martyrologue de notre terroir remplirait une bibliothèque à lui seul, dans laquelle les événements du terrible hiver 1944 – 45 occuperaient une place marquante s’il en est.
Ils sont pourtant loin d’être les seuls à avoir endeuillé la vieille terre d’Arduinna. Et sans doute pas les plus meurtriers.
Ainsi à Bazeilles, dans le cadre de la guerre de 1870 et à la veille de la capitulation de Sedan, l’Infanterie de Marine française va-t-elle perdre en un peu plus de 24 heures quelque 2.655 hommes dont 100 officiers et 213 sous-officiers, et écrire l’une des pages les plus héroïques de son histoire.
Les soldats bavarois y laisseront plus de 6.000 hommes. Et leur honneur, en exerçant de terribles représailles à l’encontre de la population.
SACRIFICE À BAZEILLES
La bataille débute véritablement le 31 août vers midi lorsque la 2e brigade (française) du Général Martin des Pallières reçoit l'ordre de reprendre le village stratégique de Bazeilles, qui vient de tomber aux mains de l'ennemi. Après une journée de combats acharnés et grâce au soutien de la 1ère brigade du Général Reboul arrivée en renfort vers 16 heures, le village est complètement repris à la tombée de la nuit.
Mais le 1er septembre à l'aube, les soldats du général Von Der Thann attaquent à nouveau. Malgré les nombreux assauts qui permettent de repousser l'ennemi à plusieurs reprises, la division de Marine*, submergée par le nombre et la puissance de feu des Bavarois, est contrainte, en fin de matinée, à la retraite vers Sedan.

Dans un village incendié, ruiné de fond en combles par les obus d'artillerie, une trentaine d'officiers, sous-officiers et soldats de l'Infanterie de Marine vont alors se barricader dans une modeste auberge de deux étages, dernière demeure de Bazeilles sur la route de Sedan, et mener pendant près de quatre heures un combat retardateur acharné contre les Bavarois.
L’auberge est alors connue en tant que « maison Bourgerie ». Elle va devenir célèbre sous le vocable de « Maison de la dernière cartouche ».
LE CAMERONE DES MARSOUINS
Le commandant Lambert est à leur tête. Écoutons-le** :
"Grâce surtout à l'activité de M. le capitaine Aubert, la maison fut rapidement mise en état de défense ; ce brave officier, prenant un fusil, se plaça ensuite à l'une des fenêtres, et, grâce à sa merveilleuse adresse, il amena chez les hommes une émulation qui fut loin d'exclure le calme.
Cependant, malgré les pertes considérables qu'il éprouvait, l'ennemi avançait toujours. Voyant que notre maison allait être cernée et me trouvant dans l'impossibilité de marcher, j'engageai les officiers qui se trouvaient avec moi à me laisser avec quelques hommes et à se retirer sur le gros de la division. Pas un ne voulut y consentir et tous me déclarèrent qu'ils se défendraient avec moi jusqu'à la fin (...) Au bout de deux heures, nous fûmes complètement cernés par le 15e régiment bavarois. Bientôt notre maison se trouva dans le plus piteux état ; les portes et les fenêtres étaient percées à jour ; notre toiture à moitié enlevée par un obus qui nous blessait quatre ou cinq hommes. Malgré cela la lute continua toujours avec acharnement. Elle ne cessa qu'avec nos munitions".

Lambert hisse alors le drapeau blanc. Ses « Marsouins » et lui-même, dont bien peu sont indemnes, viennent d’écrire un fait d’Arme équivalent au Camerone de la Légion étrangère.

LE DÉSHONNEUR DES BAVAROIS
Est-ce un hasard, dans ces conditions, s’ils devront la vie sauve à l’intervention du capitaine prussien Lissignolo, un ancien de ladite Légion ?
Car, quoi qu’il en soit, les autres gradés bavarois et prussiens n’auront pas le même sens de l’honneur : dés le lendemain des affrontements, d'atroces représailles vont être exercées contre la population de Bazeilles dont une partie avait pris part aux combats aux côtés des Troupes de Marine. Le village sera incendié, certains habitants fusillés, brûlés vifs ou arrêtés puis déportés.
On dénombrera ainsi plus d'une quarantaine de victimes civiles ; cent cinquante autres devant mourir au cours des six mois suivants du fait des sévices endurés.

Cette résistance héroïque valut à Bazeilles d'être décorée de la légion d'honneur en 1900. Un insigne que l'on retrouve encore sur les armes de ce qui est devenu une ville, aux côtés de l'ancre des Troupes de Marine et d'une maison en flammes.
Cette dernière est très vite de venue un musée, et l’est restée. Chaque année, à la date anniversaire du fait d’Arme, un hommage solennel y est rendu par les Troupes de Marine d’aujourd’hui à ceux qui en furent les héros ainsi qu’à tous leurs anciens.
*Cette division formée des quatre régiments de l'infanterie (1, 2, 3 et 4) et du 1er régiment de l'artillerie de la Marine avait été initialement rassemblée en vue d'effectuer une manœuvre de déception en mer Baltique. Les désastres survenus en Alsace et en Lorraine dès les premiers combats imposent au commandement français de regrouper ses forces disponibles au camp de Chalons sur Marne pour tendre la main à son armée de l'Est (Bazaine) enfermée dans Metz. Baptisée "Division Bleue" du nom de la couleur de ses uniformes, elle fait partie du XIIe corps d'armée(Général Lebrun) dont elle constitue la 3e division (les deux autres ayant été mises sur pied hâtivement avec des personnels récupérés dans les dépôts et des jeunes engagés ou rappelés ne constituent pas des unités solides). Elle est composée de soldats dont la plupart sont des engagés, chevronnés, entraînés par de rudes campagnes lointaines et déjà aguerris. Ses cadres subalternes ont gagné leurs galons au feu et les cadres supérieurs sont dotés d'une solide expérience du combat. La population civile ne s'y trompe pas qui leur réserve partout un accueil chaleureux.
**Commandant Lambert, "Rapport sur la bataille de Bazeilles", in Habeneck Charles, les régiments martyrs, Paris, Pagnerre, 1871.