J’ai écrit ce texte il y a un juste un an.
D’un jet, en pleurs, après avoir appris de la bouche de mon père la mort d’un ami commun tué à Botrange en traversant la route.
Je ne me doutais pas alors que mon père rejoindrait cet ami deux mois plus tard. Et l’écho de ces phrases résonne plus cruellement encore en moi alors que je relis ce texte pour la première fois depuis un an.

Il me plaît de les imaginer ensemble, entourés de quelques autres compagnons, marchant dans les landes, à travers le brouillard collant, la neige légère ou sous un soleil de plomb, à discuter en souriant, à être heureux éternellement, là où ils se plaisaient de leur vivant.
C’est ce que je leur souhaite du plus profond de mon âme.
C’est ce que je me souhaite.
Voici ma prière :
Un jour de brouillard…
Peu de phrases pour dire le vide,
Pas de mot pour crier l’absence.
Quand de Là-Haut s’envole un être,
C’est une âme qui enrichit le Plateau
Pour l’habiter, croit-on, éternellement,
Tant que palpitera la tourbe,
Que chanteront les ruisseaux et le vent.
Ces voix muettes résonnent, multiples, en mon âme
Et augmentent si c’est encore possible, mon amour sans fin
Pour ce sol d’où je suis parti et qui nourrit encore mes racines.
Entendez ma prière, et enrobez-les de votre sagesse,
De votre savoir et de votre amour,
Vous tous, innombrables, connus et inconnus,
Respectés et oubliés.
Soyez le fertile terreau qui m’aidera à affronter
Cette montagne incertaine
Dont le sommet n’a peut-être pas d’horizon.
Vous êtes en moi et êtes ce que je suis,
Mais le mouchoir de larmes jeté au feu ne disparaîtra pas.
Les blessures invisibles s’allongent et augmentent la balafre,
Cette cicatrice de peines, ce sentiment d’irrémédiable.
Orphelin encore et encore.
Bougie dont la flamme vacille, en lutte pour ne pas s’éteindre
Quand d’autres innocences ont besoin de sa lumière.
Un jour de brouillard, encore…
04/11/2007