À Remoiville, une dévotion particulière est vouée à sainte Larme. Drôle de nom, pour une sainte dont on ne doit pas avoir beaucoup entendu parler du côté de la place Saint-Pierre, et pour cause : l'existence de la Dame aux Larmes est intimement liée à celle d'une source réputée depuis la nuit des temps pour soigner les yeux fatigués ou malades.

Remoiville, dans l'entité de Vaux-sur-Sûre, est de ces villages où la qualité du silence fait partie du patrimoine au même titre que les sites remarquables. Ainsi, par exemple, est-il possible d'y cheminer avec toute le sérénité voulue vers une source consacrée depuis des temps immémoriaux au soin des maladies ophtalmiques. Située quelques mètres en contrebas de l'église, celle-ci est placée sous l'invocation de sainte Larme. Une sainte pas très catholique que l'on préfère désormais, sans la renier pour autant, appeler « la Dame aux Larmes ».
UNE SOURCE CHRISTIANISÉE ?
L'abbé Rollin n'est pas dupe qui, desservant en ces lieux le 21 juillet 1964, écrit alors prudemment : « Ste Larme (au singulier) ou Notre-Dame aux larmes : les deux dénominations existent. De quoi s'agit-il exactement ? Il n'est pas facile d'y répondre d'une manière satisfaisante mais malgré les points d'interrogation qui subsistent, il faut avant tout retenir qu'une dévotion subsiste en l'honneur de la Ste Vierge et qu'elle peut être bienfaisante si elle est bien comprise. »

Dont acte, mais encore ? En fait, des archives plus parlantes semblant bien avoir existé. Mais, à l'instar de tant d'autres, elles ont disparu en fumée lors des combats de l'offensive des Ardennes. L'abbé Rollin, en y mettant tous les conditionnels voulus, nous éclaire dès lors dans la mesure de ses moyens : « Autrefois (?), à quelques mètres de l'actuel monument, il y avait simplement une fontaine, murée et couverte d'une pierre du pays, par un côté de laquelle on puisait [l'eau de sainte Larme]. On y venait de l'étranger, et cela depuis des siècles au dire des anciens. »

On sait que les Celtes vénéraient les sources, qu’ils tenaient pour curatives. Et que les cultes des divinités des sources assurèrent longtemps la permanence d’une tradition disparue s’opposant à la religion catholique dominante. Laquelle, lorsqu'elle ne parvenait pas à éradiquer les pratiques traditionnelles, n'hésitait pas à les christianiser.
TOUJOURS À L'HONNEUR
Celle de Remoiville fait-elle partie du lot ? Fort probablement. D'autant que le pèlerinage à la source bienfaisante, rapporte notre guide, était nettement codifié : une fois l'eau puisée, il convenait en effet de se rendre au presbytère pour y faire bénir celle-ci et, éventuellement, demander des messes. Le pèlerin passait ensuite dans l'église paroissiale pour : « (y) déposer une offrande dans le tronc de sainte Larme et prier devant la statue (...) qui proviendrait d'un ancien calvaire et qui est très belle dans sa sobre attitude de prière et d'intériorité. »*

En 1930, un pas supplémentaire est franchi par le curé Vincent, qui fait aménager les abords et capter l'eau souterraine pour la faire émerger à son emplacement actuel.
Et c'est le 18 septembre 1966 qu'est inauguré avec faste le monument actuel, dont la paternité revient à notre précieux abbé Rollin. Les plans de l'édicule en brique sont dus à l'architecte arlonnais Hensen, et c'est une reproduction naïve de la Dame aux Larmes qui veille désormais sur la source, dont l'eau fut bénie dans la foulée.
L'affaire ne s'arrête pas la, puisque l'abbé Fourny – desservant à l'heure où sont écrites ces lignes – et ses paroissiens ont réservé une place d'honneur à la Dame aux Larmes dans la belle série de vitraux signés par le maître-verrier Jean-Marie Pirotte qui illumine progressivement l'église de Remoiville. Nous y reviendrons bientôt.

Quant à savoir si le caractère bienfaisant du bain ophtalmique dans l'intarissable filet d'eau est avéré ? Gardés les indiscutables et mystérieux effets de la foi, personnelle ou collective, on sait que les anciens ont souvent utilisé de façon empirique des propriétés moléculaires désormais identifiées ou en passe de l'être. On notera toutefois - et à tout le moins - que le sourdant de Remoiville a été canalisé pour être déplacé à l'endroit où il émerge désormais : à vous de voir donc, c'est le cas de le dire.