C'est à Napoléon Bonaparte que l'on doit l'idée d'un canal Meuse - Rhin qui devait s'élever à travers l'Ardenne jusqu'à percer la ligne de partage des eaux à Buret (Houffalize). Guillaume d'Orange Nassau lui donnera une ébauche d'existence, nous léguant l'un des sites les plus insolites de Belgique : le souterrain de Buret ou canal de Bernistap. Survol.
Et saut dans le temps, pour commencer : en 1815, l’Empereur tombe sous les coups des coalisés. Le congrès de Vienne confie les destinées de ce qui n’est pas encore la Belgique au roi Guillaume d’Orange Nassau. Un garçon bien sympathique, au départ, mais qui va mal tourner.

On en est encore loin lorsque, reprenant une idée de Napoléon Bonaparte, Guillaume décide de lancer un vaste projet de jonction des bassins de la Meuse et du Rhin, via la Moselle. En 1828, la “ Société du Luxembourg „ est constituée.
Le projet est ambitieux. Très ambitieux, puisqu’il comporte pas moins de 200 écluses et un souterrain franchissant la crête de partage des eaux : le canal de Buret et son tunnel maçonné long de 2.528 mètres s'enfonçant à soixante sous la crête. Nous y voici.

Mais pas de chance : nous voici, aussi, en 1830. Guillaume après avoir cumulé ce que les diplomates appellent des maladresses, se fait remballer outre – Moerdijk avec armes et bagages.
Avec ses capitaux, aussi. La Belgique indépendante tentera bien de poursuivre les travaux, mais, en 1847, le société est dissoute, et le silence retombe sur ce qui aura été l’un des chantiers les plus audacieux de son temps.
PROMENADE
Adieu charrois, chevaux, tailleurs de pierre et botteresses peinant à la tâche : avec le silence vient l’abandon. Et avec l’abandon son lot de dégradations. Naturelles ou non – on ne parle pas encore de tourisme – celles-ci vont peu à peu donner aux lieux ce que d’aucuns, lyriques, qualifieront de charme bucolique.

Certes. Mais dans “ bucolique „ perce un je-ne-sais-quoi de mélancolie. Est-ce celle de voir tant de sueur et de sang répandus en vain ?
Les quelque 15 km de promenade balisée mis en place par la volonté conjuguée de la coalition belgo – luxembourgeoise des SI de Houffalize et Wincrange (GDLux) possèdent au moins le mérite de rendre quelque actualité à ce passé d’audace et de souffrances.
Entre Tavigny et Hoffelt, le circuit déambule de site en site, où l’on peut découvrir les traces, plus ou moins préservées, de cet ouvrage titanesque dont le clou est constitué par la galerie maçonnée évoquée plus haut.
Un bien beau parcours, en tout cas, dans une quiétude propice à la méditation. Oserait-on parler d’un bon début ? D’aucuns en rêvent. Discrètement, certes, mais suffisamment fort pour qu’on l’entende un minimum.