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Le tunnel de Buret (Houffalize) : survol d'un rêve impérial
Ecrit par :Patrick Germain 24-06-2008
C'est à Napoléon Bonaparte que l'on doit l'idée d'un canal Meuse - Rhin qui devait s'élever à travers l'Ardenne jusqu'à percer la ligne de partage des eaux à Buret (Houffalize). Guillaume d'Orange Nassau lui donnera une ébauche d'existence, nous léguant l'un des sites les plus insolites de Belgique : le souterrain de Buret ou canal de Bernistap. Survol.

Et saut dans le temps, pour commencer : en 1815, l’Empereur tombe sous les coups des coalisés. Le congrès de Vienne confie les destinées de ce qui n’est pas encore la Belgique au roi Guillaume d’Orange Nassau. Un garçon bien sympathique, au départ, mais qui va mal tourner.

On en est encore loin lorsque, reprenant une idée de Napoléon Bonaparte, Guillaume décide de lancer un vaste projet de jonction des bassins de la Meuse et du Rhin, via la Moselle. En 1828, la “ Société du Luxembourg „ est constituée.

Le projet est ambitieux. Très ambitieux, puisqu’il comporte pas moins de 200 écluses et un souterrain franchissant la crête de partage des eaux : le canal de Buret et son tunnel maçonné long de 2.528 mètres s'enfonçant à soixante sous la crête. Nous y voici.

Mais pas de chance : nous voici, aussi, en 1830. Guillaume après avoir cumulé ce que les diplomates appellent des maladresses, se fait remballer outre – Moerdijk avec armes et bagages.

Avec ses capitaux, aussi. La Belgique indépendante tentera bien de poursuivre les travaux, mais, en 1847, le société est dissoute, et le silence retombe sur ce qui aura été l’un des chantiers les plus audacieux de son temps.

PROMENADE

Adieu charrois, chevaux, tailleurs de pierre et botteresses peinant à la tâche : avec le silence vient l’abandon. Et avec l’abandon son lot de dégradations. Naturelles ou non – on ne parle pas encore de tourisme – celles-ci vont peu à peu donner aux lieux ce que d’aucuns, lyriques, qualifieront de charme bucolique.

Certes. Mais dans “ bucolique „ perce un je-ne-sais-quoi de mélancolie. Est-ce celle de voir tant de sueur et de sang répandus en vain ?

Les quelque 15 km de promenade balisée mis en place par la volonté conjuguée de la coalition belgo – luxembourgeoise des SI de Houffalize et Wincrange (GDLux) possèdent au moins le mérite de rendre quelque actualité à ce passé d’audace et de souffrances.

Entre Tavigny et Hoffelt, le circuit déambule de site en site, où l’on peut découvrir les traces, plus ou moins préservées, de cet ouvrage titanesque dont le clou est constitué par la galerie maçonnée évoquée plus haut.

Un bien beau parcours, en tout cas, dans une quiétude propice à la méditation. Oserait-on parler d’un bon début ? D’aucuns en rêvent. Discrètement, certes, mais suffisamment fort pour qu’on l’entende un minimum.



Crédit(s) photographique(s):Patrick Germain et Wikipedia (ancienne photo de bètchète)

Note :
Draguer
Remettre le site en état ? C'est possible, selon un ingénieur retraité : “Tout est possible ! Certaines maçonneries pourraient être remises en valeur sans grande difficulté. Pour le reste, il faut draguer des tonnes de boue, et consolider des versants. Ca aussi, c'est possible, mais il faut amener les machines et le charroi sur place. Ce qui, moyennant une bonne coordination du chantier, pourrait se faire par une voie unique qui n'a pas besoin d'être une autoroute. Reste ensuite à savoir que faire des boues de draguage. Et à trouver des fonds, mais on en dépense bien davantage ailleurs pour des choses moins dignes d'intérêt„£

Bateaux
Les plus gros bateaux (des bètchettes) destinés à naviguer sur le canal mesuraient 25 m de long, et 2 m 50 de large, pour un tirant d’eau de 80 cm. Charge comprise, leur poids maximum atteignait 60 tonnes. L’équipage était composé d’un batelier, de deux mariniers et d’un cheval. Dans les souterrains, la progression se faisait à l’aide de gaffes destinées à haler le bateau en s’accrochant aux barres et autres étriers disposés sur la voûte, à espaces réguliers.
Le dire
Les contemporains des travaux – et la chose n’est pas interdite de nos jours – parlaient de souterrain, à propos de Buret : tunnel est un mot anglais qui n’est apparu que plus tard, dans le sillage du chemin de fer.
Le lire
Si vous n'avez pas encore choisi votre livre de l'été, et si vous ne l'avez lu déjà, ne manquez pas de découvrir "La Rivière contrariée", un ouvrage de Géry de Pierpont paru aux éditions Éole et qui, de fort belle manière, conjugue la réalité historique avec les exigences d'un roman d'action. Un choix "trois étoiles" Mediardenne.
Sur la toile :



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