La vie de journaliste, sur la Toile ou ailleurs, ne va pas sans grands moments de solitude. Ainsi quand on vous commande un papier “ abeille „. Vous direz que ça n'a pas le poids d'une joyeuseté engendrant quelques dégâts collatéraux - c'est ainsi qu'on appelle les morts, désormais – mais ça reste à voir. En route pour une tentative de synthèse du royaume des abeilles et de ses multiples ramifications, dont certaines ne lassent pas d'interpeller.

Nombreux sont ceux qui consacreront un temps fou pour faire sortir sans casse une abeille prise au piège de leur vitrage, posant de la sorte l'un des actes les plus symboliques du "sapiens" trop souvent usurpé qui insiste sur le côté connaissant de l'Homo Sapiens Sapiens : "Je sais que je sais que l'abeille, même si elle peut me piquer, est un animal particulièrement utile. Je n'ai donc - sauf exception vitale – aucune excuse pour la tuer".

Oui. Ben - indépendamment du caractère abyssal de cette réflexion d'un point de vue philosophique - pour le coup nous voila mal barrés. Parce que pendant que nous sauvons notre butineuse, une bonne partie du “ génie „ humain consiste (y compris dans notre propre quotidien) à développer sous les acclamations un paquet de comportements mettant les abeilles en danger.
Les abeilles, et par voie de conséquences notre curieux Homo Sapiens Sapiens. Car la survie ou l’évolution de plus de 80% des espèces végétales dans le monde et la production de 84% des espèces cultivées en Europe dépendent principalement des abeilles !
La boucle est bouclée : "malin" et "intelligent", c'est point la même chose. Nous y reviendrons en détail dans le deuxième volet de cet article.
L'ABEILLE ET L'APICULTURE
Basiquement, l'abeille est un hyménoptère (insecte à deux paires d'ailes membraneuses).
Sauvage ou domestique, elle est élevée la plupart du temps pour son miel mais aussi pour le pollen, la gelée royale, la propolis et la cire. Ne pouvant survivre qu'en société, les abeilles constituent des colonies composées selon les saisons de 70.000 à 6.000 individus. Également appelées essaims, elles comportent trois castes: la reine, les ouvrières et les faux-bourdons.

Descendantes des premiers insectes organisés visitant les plantes à fleurs, les abeilles actuelles seraient apparues voici quelque 26 millions d'années et n'auraient pas connu de modifications anatomiques notoires depuis.
Il n'en va pas de même quant à leurs moeurs car, vivant initialement à l'air libre, elles disparurent complètement d'Europe lors du refroidissement climatique survenu au tertiaire. Le temps pour “ apis mellifera „ et ses copines adaptées à la vie cavernicole - donc relativement affranchies des aléas climatiques - de reconquérir le terrain. C'était il y a un bon million d'années.

Les humains comprirent très vite l'intérêt qu'il y avait à récolter le miel entreposé par les abeille dans les troncs d'arbres et autres cavités naturelles. Ce fut le début d'une longue coexistence.
L'apiculture à proprement parler, qui s'est d'abord limitée à aménager les refuges naturels, serait apparue voici 12.000 ans. Vinrent ensuite des abris spécifiques débouchant sur la mise au point des ruches en paille tressée, citées pour la première fois en 799, puis des modèles à cadres mobiles désormais plus répandus.
LES PRODUCTIONS DE LA RUCHE
Comme dit plus haut, cinq produits de la ruche initialement destinés à l'usage interne de la colonie sont récoltés.
Le miel est extrait du pollen ou du miellat (excréments de pucerons, c'est le cas du “ miel de sapin „) par les butineuses qui le(s) déposent dans la bouche d'ouvrières, lesquelles le(s) recrachent mêlé(s) de salive et de sucs digestifs dans des alvéoles où, une fois débarrassé de son excédent d'humidité, il devient le produit fini. C'est entre autres la nourriture principale des abeilles durant l'hiver.
En moyenne, un pot de 500 grammes de miel représente quelques 8.700.000 fleurs visitées en 17.000 voyages.

La gelée royale est pour sa part le produit de sécrétions du système glandulaire céphalique des abeilles ouvrières, entre le cinquième et le quatorzième jour de leur existence. Elle est destinée à la nourriture de toutes les larves de la colonie, sans exception, de leur éclosion jusqu’au troisième jour de leur existence ; des larves choisies pour devenir reines jusqu’au cinquième jour de leur existence ; de la reine de la colonie pendant toute la durée de son existence à partir du jour où elle quitte la cellule royale.
Le pollen, lui, est d’abord une source de protides pour les abeilles. Il entre dans la composition de la bouillie distribuée au couvain.
La propolis quant à elle est une résine végétale recueillie au départ de certains végétaux. Utilisée par les abeilles comme mortier et anti-infectieux pour assainir la ruche, elle est récoltée pour ses propriétés thérapeutiques.
La cire, enfin, est une excrétion produite par huit glandes spécifiques situées sous l’abdomen des jeunes abeilles. Utilisée pour bâtir les rayons de la ruche, dix à onze kilos de miel sont nécessaires pour produire un kilo de cire.