Animalaine : un mot dont se dégagent à la fois une agréable fraîcheur... et une confortable chaleur.
Animalaine : en fait, deux mots en un, pour deux aspects d’un même projet, qui lui même fait partie d’une plus large démarche, ... C’est que les responsables du Musée de Bizory, petit village ardennais situé à 3 km de Bastogne, semblent s’être spécialisés dans le dédoublement de chacune de leurs trouvailles, tout en conférant à l’ensemble une cohérence particulière et originale.Nous avons visité pour vous.

La visite commence par un aperçu, en photos, de tous les types de fournisseurs en matière première dont dispose Animalaine: moutons, lapins angoras, cochons laineux, alpagas.
Le jardin des moutons
Aussi nous attacherons-nous à démêler l’écheveau fil par fil. C’est bien le cas de le dire, d’ailleurs, puisque tout et tout le monde, ici, baigne dans l’univers sécurisant de la laine. Dès l’approche du Musée, on ne peut manquer d’apercevoir, à l’arrière du corps de logis, des tas de boules de laine qui se promènent dans tous les sens. Hé oui, vous savez deviné : il s’agit bien d’alpagas* et de cochons à laine, mais qui tiennent compagnie à plusieurs chèvres... et à bon nombre de moutons, évidemment (nous savions que vous devineriez). Les races ovines* et caprines* sont au nombre de vingt-cinq à se côtoyer dans la ferme moutonnière de Bizory, apparemment sans que ne se produisent d’incidents raciaux majeurs.

Alpaga : ruminant voisin du lama, domestiqué en Amérique du Sud, pour sa longue fourrure laineuse.

*Ovin : synonyme de " mouton ". Employé comme adjectif, cela signifie : qui concerne les moutons.
C’est le " jardin des moutons " : cinq hectares que le visiteur est invité à arpenter, avec ou sans guide, pour en apprendre davantage sur les différentes races, souvent en voie de raréfaction ou de disparition, sur leur mode d’alimentation, sur l’agnelage, ainsi que sur les techniques d’élevage et leur évolution.

Oui, on peut se tricoter des pull-over en poil de conchon.
La ferme moutonnière, c’est le versant extérieur, en plein air, du Musée vivant de la laine. Ensemble avec son correspondant intra muros, dans la maison, elle constitue Animalaine à proprement parler. Et dans la maison, qu’est-ce qu’on trouve ? Tout simplement la suite logique de ce qu’il y avait dehors. Là-bas, dans le pré, le centre d’intérêt, c’étaient les animaux à laine (et " apparentés ") ; ici, dans l’immense grange de conception ancienne, le centre d’intérêt, c’est la laine des animaux. Après la balade qui aurait pu s’intituler " de l’agnelage à la toison ", voici le parcours sur le thème : " de la tonte au fil ".
Du mouton au tapis
D’alcôve en alcôve, le visiteur assiste à présent aux étapes successives du traitement de la laine, à partir des divers types de toisons et des laines obtenues, jusqu’aux multiples produits finis et les façons de les utiliser dans le monde, en passant par les différentes techniques de transformation : battage, lavage, cardage, filage,...
Montages vidéos, tableaux, photos, outils en usage, exemples de réalisations obtenues, tout est présenté de manière à ce que la planète Laine n’ait plus de secret pour vous à l’issue de la visite du Musée. On vous expliquera même comment obtenir une pièce de feutre.
Oui, on vous l’expliquera. Car, dans la vieille grange comme à la ferme moutonnière, le Musée de la laine est bien vivant. A moins que vous ne le souhaitiez, ses animateurs ne se contentent pas, en effet, de vous laisser admirer leurs montages ou leurs collections d’objets, parfois superbes, en vous abandonnant seul, dans votre coin. Dans chaque alcôve, de jeunes travailleurs, en costumes d’époque, se chargent d’animer les visites guidées. Au fil (c’est encore une fois le cas de le dire, mais on ne le dira plus) des différentes étapes de fabrication de la laine, ils vont mimer les gestes des anciens artisans manipulant leurs outils.

L'un des superbes métiers à tisser que l'on peut admirer au musée
Et puisque ici, tous les projets sont dédoublés, ils miment aussi, dans d’autres alcôves, les représentants d’autres métiers dans leur façon de travailler à l’ancienne : cordeliers, bourreliers*, cordonniers, boulangers,..
Cela ne concerne pas directement les professions de la laine, certes, mais cela contribue habilement à recréer une atmosphère d’époque, encore accentuée par la présence d’objets qu’utilisaient nos grands-parents ou arrière-grands-parents dans leurs ateliers, leurs fermes ou leurs cuisines. L’atmosphère d’une époque où l’on accordait à la laine une place de choix parmi les produits de confort et les plaisirs de la vie.
Mais comme rien ne nous empêche d’en faire autant aujourd’hui, le visiteur de passage au Musée trouvera, en fin de parcours, une petite boutique où lui seront présentés des articles qu’il pourra acheter en prévision des frimas de l’hiver : pulls, vestes, couettes, ou s’il préfère s ‘adonner lui-même à l’art du tricot, des pelotes de laine de toutes sortes. Des articles réalisés sur place, de même que la presque totalité des produits de bouche que l’on découvre avec ravissement près de la porte de sortie lorsque, après environ une heure et demie de visite passionnante, la fringale guette : jambon de mouton, saucisson de chevreau, fromages de chèvres, évidemment. Mais aussi, comme ça, au hasard : gelée aux pousses de sapin, sirop de citron, vin de camomille, jus de pomme du pressoir, confiture de potiron et de citron,...
A Bizory, tout coule de source
Alors, attendez, laissez-nous le temps de suivre . Vous avez dit que tout cela était produit ici aussi ? C’est quoi, cette affaire ? Encore le fruit d’un autre projet ? Ben oui, bien sûr. Parce que, on ne vous l’a pas encore signalé, mais vous vous en doutez certainement : l’immense grange, là, dont on vient de vous parler, elle est séparée... en deux parties, cela va de soi. Dans la première, outre une cafétéria, se trouve l’espace de présentation évoqué ci-dessus. Et dans la seconde, on a installé un atelier. Mais non, pardi : deux ateliers !
L’un consacré à la formation aux manipulations de la laine, l’autre à la confection des produits de bouche et artisanaux. Bref, des activités qui, en apparence, n’ont rien à voir avec un musée, sauf que... Mais là, manifestement, vous avez perdu le fil de la démarche. Pas de panique, pour vous permettre de tout comprendre, il nous faut remonter à la source. Voilà, c’est ça, remontons à " La Source ".

Détail d'une pièce réalisée lors d'un stage de feutrage.
L’a.s.b.l. " La Source ", fondée vers le milieu des années 80, s’est fixé pour mission de permettre à la personne qui manifeste un handicap mental léger, de vivre comme tout un chacun et de conquérir chaque jour davantage de terrain sur la voie de l’autonomie. C’est dans l’optique de ce projet que s’inscrivent à la fois le centre d’hébergement et le centre de travail adapté de Bizory. Le public concerné est constitué d’adultes déficients mentaux qui souhaitent dépasser le stade d’activités purement occupationnelles parce qu’ils sont en mesure de le faire et qui revendiquent l’accès à un travail, mais sans la contrainte du rendement. En revanche, les responsables de l’a.s.b.l. veillent à ce que ce travail soit valorisant et source de reconnaissance pour celui ou celle qui l’accomplit. Créativité et sens des responsabilités sont les axes principaux autour desquels s’agencent les activités programmées.
Le prolongement de cette démarche sociale dans la réalisation du Musée " Animalaine " saute aux yeux.

A la cuisine, le plaisir de préparer les confitures de fruits provenant du jardin, ou alors ils sont apportés par des personnes de la région.
Restaurer d’anciens meubles, s’investir dans la production artisanale à partir de la laine, entretenir le parc animalier, apporter les soins nécessaires au bétail, élaborer des produits de bouche tels que confitures, liqueurs, sirops ou fromages de chèvre, voilà qui stimule à coup sûr la créativité et le sens des responsabilités.
Etre présent à chacune des étapes de la production, détenir le savoir à propos des phases successives du travail de la laine et communiquer, en habits d’époque, ce savoir au visiteur dans les divers espaces de présentation du Musée, s’ouvrir ainsi sur le monde extérieur, s’exprimer en public et susciter l’intérêt de son auditoire, voilà qui suscite à coup sûr le sentiment d’être valorisé et reconnu.
Et puisque, dans la même perspective d’apprentissage à l’autonomie et de valorisation de chacun, ces jeunes travailleurs participent également à la construction et à l’aménagement de leur propre hébergement, on peut vraiment affirmer une dernière fois (mais pour ne pas donner l’impression de nous répéter, nous reprendrons les propos des animateurs du Musée eux-mêmes) : " La Source ", " Animalaine ", deux projets sous un même toit...
Ellem