Chassé de la plupart des moissons où ses fragiles émaux ne résistent pas aux herbicides sélectifs, le coquelicot, à l'instar des autres plantes messicoles, a trouvé refuge au bord des chemins et sur les friches : « on the road again » !

C'est à la couleur de sa fleur, qui évoque la crête d'un coq, que le coquelicot devrait son nom. Et a sa grande vitalité (un pied vigoureux est capable de porter plusieurs centaines de fleurs l'espace d'un été) que ce désormais chemineau doit d'avoir survécu à l'irruption massive des herbicides sélectifs. Et dire que Cérès, la déesse romaine de l'agriculture, apparaissait fréquemment couronnée de coquelicots ! Soit. Une meilleure approche des « mauvaises herbes », à travers la prise de conscience d'une nécessaire préservation de la biodiversité entre autres, semble désormais avoir évité le pire.
Grand bien nous fasse, tant il est vrai que les pétales de cette belle annuelle adornent de bien jolie manière les paysages d'Ardenne, pour n'aborder que l'aspect esthétique des choses. Et même si, de messicole (habitant des moissons) qu'il était, le coquelicot a du se réfugier au bord des chemins et sur des espaces spécifiques pour survivre.
MÉDITERRANÉEN
Connu depuis la plus haute antiquité, il serait originaire de Méditerranée orientale et aurait été introduit sous nos latitudes avec la culture des céréales. Une légende grecque raconte que Perséphone, fille de Déméter, fut enlevée par Hadès, le dieu des Enfers. Inconsolable, Déméter obtint de Zeus que sa fille puisse revenir sur terre pendant six mois, marqués par la floraison des coquelicots dans les champs.

Appartenant à la famille des papavéracées, ses graines étaient autrefois mêlées à la bouillie des enfants pour les endormir. Un emploi particulier qui nous amène tout naturellement à évoquer les précautions d'usage : plante médicinale de valeur en matière de problèmes liés aux voies respiratoires, dont il apaise les tourments, notre bien-aimé chemineau recèle les mêmes alcaloïdes que ses stupéfiants cousins. Le langage des fleurs en fait d'ailleurs le symbole du sommeil et de l'oubli des peines ; et il était de coutume d'en offrir une couronne tressée à Morphée, dieu des rêves, dans la Grèce antique. Pas de panique, mais de la mesure, donc.

Quoi qu'il en soit, et comme en tant d'autres langues, le coquelicot a fait chanter les poètes francophones. Ou francophiles, ainsi que le Maître italien Angelo Branduardi, auquel on doit cette délicate ciselure que je ne résiste pas au plaisir de vous livrer:
Coquelicot dans la récolte
Chaude nuit des étés passés tu as grandi déjà
les grands feux se sont allumés
au lit des champs couleur de joie
Coquelicot dans la récolte
demain demain bouquet tu seras
et curieuse tant et plus
tu cherches qui te cueillera
Ils retournent tous dans les champs
en farandoles pour t'émouvoir
jusqu'à l'aube tu surveilleras leurs feux
et jusqu'au soir
Coquelicot dans la récolte
demain, demain, bouquet tu seras
et curieuse tant et plus
tu cherches qui te cueillera
Tu es la branche plus belle et ils sautent pour t'avoir
tu es la pomme nouvelle
qu'ils mordront sans le savoir
Coquelicot dans la récolte
demain, demain, bouquet tu seras
et curieuse tant et plus
tu cherches qui te cueillera...
©Angelo Braduardi
P@3ck
