Gamin, je comprenais mal que ce compagnon de rêveries, aussi élégant que délicatement odorant, fasse à ce point endêver mon grand' père. Les temps ont passé, le liseron conserve ses parfums d'enfance, et j'entends mieux les humeurs assassines de grand-papa Nicolas.

Ça commence par une bordée de jurons : « Sacré sept cints millards di nom di djû d'bôrdè d'saxophone di nom di djû ! ». Bilan : un paquet de morts et de blessés. Et un grand-père soulagé. Jusqu'au lendemain. Car la bête, comme le chat de la chanson, est increvable !

Or donc, n'ayons pas peur des mots, le liseron des haies est un sacré emmerdeur, vu sous l'angle d'un jardinier aux prises avec sa redoutable vivacité. Plus envahissant encore que son cousin champêtre, il étend ses ramifications jusqu'à cinq mètres ; et s'il prend davantage son temps, c'est pour mieux s'enrouler – dans le sens inverse à celui des aiguilles d'une montre – autour de ses hôtes. Ses graines germent facilement, et rien ne réjouit tant son rhizome qu'un petit massacre à la binette.

Donc, autant la jouer finement. Par exemple, en l'orientant mine de rien vers les treillis, dont il raffole et qu'il adornera bien vite d'une épaisse végétation d'où émergeront autant de jolies fleurs immaculées aux parfums suaves. Celles-ci, très mellifères, attireront par ailleurs nombres d'insectes qui contribueront à la pollinisation de votre coin de terre préféré.

Particulièrement photosensibles, elles restent ouvertes pour capter le rayonnement lunaire. Ce qui est tout bénéfice pour les insectes nocturnes, dont le bien nommé sphinx du liseron, menacé d'extinction. Par contre, ayant la pluie en horreur, les fleurs du liseron des haies se referment en grosses pointes torsadées lorsque l'humidité se fait pressante.
Connu pour ses vertus purgatives, le liseron des haies recèle par ailleurs des substances favorisant la sécrétion de la bile. En Allemagne, les feuilles infusées sont utilisées pour combattre la leucorrhée. Et le langage des fleurs lui fait dire, qui l'eût cru : « unissons-nous ».
P@3ck
Convolvus sepium L.
Grand liseron, manchette-de-Notre-Dame, grande vrillée
Wallon : vôvale (fem.)