Végétafiche : le myosotis - "Vergiess mein nicht !"...
Allez donc passer à côté d’un buisson de myosotis sans vous arrêter, touché par le message mélancolique qui s’y rattache : « Ne m’oubliez pas ! ».

Des champs, ou des marais ? Les botanistes passionnés qui consulteront ces fiches parviendront sans doute à trancher, au vu des photos. Nous pas : la variation nette de teinte au sein d’une même touffe semble ne rien prouver. Ils seront donc bien inspirés de nous transmettre un petit courriel, dont nous les remercions par avance.

Reste une petite merveille de broderie sur l’écrin vert qui lui va si bien, et dont le béotien moyen connaît, au moins, la signification : « Vergiess mein nicht – Ne m’oubliez pas !». En allemand dans le texte, jusques et y compris dans celui d’une chanson de Brassens. Allez, tous en chœur : « Raconte, oncle Pat… ».

Or donc la geste dit qu’un jour, dans l’Allemagne médiévale, un chevalier et sa Dame se promenant le long du Rhin croisèrent une touffe de myosotis. Le chevalier se pencha pour cueillir une fleur à l’attention de sa compagne. On savait vivre, en ces temps là. Et mourir, aussi : l’infortuné se pencha si fort, pour cueillir la plus belle des fleurs, qu’il tomba à l’eau. Avant de disparaître dans le flot tumultueux, il eut le temps de lancer la fleur à sa Dame en lui criant : « Vergiess mein nicht ! ».

Moins mélancolique, la légende persane rapporte pour sa part qu’un ange, s’étant amouraché d’une mortelle, fut chassé du paradis et dut, pour sa peine, semer le myosotis aux quatre coins du monde. Une fois sa tâche accomplie, il revint avec sa compagne couronnée des mêmes fleurs dont ils avaient émaillé la terre et retrouva près d’elle, devenue immortelle à son tour, la paix éternelle.

Quoi qu’il en soit - « ne m’oubliez pas » ou « soyez-moi fidèle » - cette délicate borraginacée qui se décline en une bonne dizaine d’espèces et quelques hybridations bonnes pour le teint, a su toucher les cœurs purs sur tous les horizons de la planète. Les autres, on s’en fout !

Sous l’angle médicinal, le myosotis passa longtemps pour être un antidote au venin des serpents et des scorpions. Une vertu douteuse, due à la « théorie des signatures » que nous avons évoquée à propos de la stellaire.
Mais il est bel et bien utile, séché, comme succédané du mélilot contre l’inflammation des yeux. Dans les années 1960, le professeur Binet – doyen de la faculté de médecine de Paris – l’a recommandé comme anti-asthénique efficace dans les manifestations fonctionnelles d’atonie, en raison de sa richesse en sels de potassium. Voila qui est bel et bon, donc.
P@3ck
Myosotis arvensis L. – Myosotis scorpioides L.
Ne m’oubliez pas, regardez-moi, scorpione, gromillet
Wallon : orèye di soris, oûy d'andge