Au-delà des légendes qui s’y rattachent, un fait est certain : le datura est l’un des trois toxiques végétaux les plus redoutables que l’on peut croiser en Ardenne.

Chercher à connaître l’étymologie d’un mot, quel qu’il soit, constitue toujours une démarche digne d’intérêt. Elle peut même, à l’occasion, s’avérer salutaire. Ainsi, dans le cas qui nous occupe, s’il est relativement anecdotique d’apprendre que datura, le nom du genre, dénote une origine asiatique, il n’en va pas de même pour le nom de l’espèce stramoine – stramonium – " pomme épineuse „ qui tire son origine du grec strychnos " ombre nocturne „ et manikos " fou „ : un cauchemar, donc. Au mieux.

Car le datura (masculin) stramoine fait partie du trio de tête des végétaux les plus violemment toxiques identifiés sous nos latitudes, renfermant une importante teneur en alcaloïdes peu fréquentables : hyoscyamine, scopolamine et l’atropine.

S'il y est relativement peu courant, le datura n’est pas absent d'Ardenne pour autant. Il y a généralement été introduit par le biais de jardins médicinaux, ou dans le cadre de la lutte biologique contre les doryphores, dont il empoisonne les larves. Lorsqu’il s’échappe, le datura n’en reste pas moins un commensal de l’humain dont il colonise alors volontiers les ruines et autres friches, où il trouve en abondance les matières azotées qu’il affectionne.

D’aspect général, c’est une belle plante de taille moyenne aux grandes feuilles nettement découpées, portant des fleurs infundibuliformes de couleur blanche semblables à celles du liseron, et dont le fruit épineux est caractéristique. Tout comme son odeur peu agréable.
UN TOXIQUE REDOUTABLE
Identifié en Europe des le quatrième siècle avant l’ère chrétienne, ses propriétés toxiques sont entre autres exploitées par les Celtes, qui en enduisent les pointes de leurs flèches. Nombre de légionnaires doivent donc être morts par overdose, tant il est vrai que la toxicité de notre cher datura se double d’une stupéfiante capacité à envoyer son monde en l’air. Ce qui nous amène tout naturellement aux sorcières et à leurs balais.

On sait en effet que le datura entrait dans la composition de l'onguent " de sorcières „ qui permettait entre autres à celles-ci de chevaucher leurs balais vers les lieux de sabbat. Ou de l'imaginer.
Car onques n'ayant vu – fors les cas de scènes de ménage – balais voler, nous laisserons aux plus avertis d'entre vous le soin d'en déduire le mode d'emploi du dit onguent, et d'en transmettre les arcanes aux chères têtes blondes le cas échéant. Le mot de passe est : " muqueuses „, et nous voilà bien loin du " tcha-tcha „ des gentilles Macralles salmiennes.

Nous en voici très loin, en fait. Car la majorité des témoignages en l’espèce concordent pour cataloguer sans équivoque le datura parmi les hallucinogènes très délicats à doser, provoquant des visions particulièrement angoissantes, et des ravages mentaux souvent irréversibles. Aucun discours fumeux n'apaisera jamais les souffrances de ceux qui, pour avoir voulu essayer " juste une fois „, ont sombré dans leurs enfers*
Ni ne ressuscitera les morts de cette " herbe de l’oubli „ qui, par ailleurs, continue d’être utilisée dans diverses préparations pharmaceutiques pour ses réelles vertus curatives.

Contentez-vous donc de découvrir cette plante visuellement, elle en vaut la peine, et de parcourir les pages de Mediardenne pour vous envoler " oute hâyes et bouhons „ par-dessus l’Ardenne traversière. C’est beaucoup moins dangereux.
*Il ne s'agit pas ici d'émettre un jugement moral, mais de mettre en garde très concrètement. Avec toute la force de conviction de quelqu'un qui se demande encore parfois par quel(s) miracle(s) il a pu survivre à certaines expérimentations.
N'est pas chaman qui veut. Et certainement pas par correspondance. Il est proprement criminel, comme j’ai pu le lire ici et là, de vouloir déterminer des formules et autres tableaux sensés permettre une utilisation dosée du datura : outre les caractéristiques propres à l’individu (sexe, âge, poids, antécédents, santé, état mental etc.), la plante elle-même possède des caractéristiques spécifiques en fonction de son lieu de récolte, de la période de l’année ou celle-ci est effectuée, de la partie concernée etc.
Tout recours à un toxique, quel qu’il soit, présente de sérieux dangers pour l’intégrité physique et la santé mentale.
La quête de soi et d'une transcendance est sans doute le plus beau voyage que puisse faire un être humain. Mais ce n'est certainement pas le plus facile. Tout qui s'est lancé sur cette trace n'ignore pas qu'il s'agit la d'une démarche déjà suffisamment épineuse en soi sans y rajouter de risques inutiles. Les ressources sont en vous : cherchez-les, plutôt que risquer de tout perdre. Un oiseau brisé pleure le ciel en attendant le chat.