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Poils et plumes : la loutre (1/2)
Ecrit par :Patrick Germain 25-10-2007
Si d'aventure vous croisez la loutre lors de vos pérégrinations, soyez bien conscient d'être béni par le Petit Peuple des rivières : la belle ardennaise, outre ses moeurs farouches, se fait très rare. En cause, la pollution des cours d'eaux et l'aménagement anarchique de leurs abords, qui ont pris la relève d'une traque sans pitié. Mais il y a de l'espoir !


C : N. Sloth - www.biopix.dk

 

C'est donc à un animal tout à la fois emblématique de notre terroir et menacé qu'est consacré ce premier article de la série "animafiche". Messires cerf et sanglier ne nous en tiendront pas rigueur.

Car si elle était jadis présente en nombre dans toute l'Ardenne, on ne retrouve plus guère la loutre que sur les bassins de l'Ourthe, de la Lesse, de l'Our, de la Sûre, et probablement de la Semois. Une population qui ne dépasserait pas quelques dizaines d'individus, au total.

Souvent considérée par l’homme comme une concurrente déloyale, redoutable prédateur piscicole, la destruction de la loutre a en effet été impitoyable jusqu'il n'y a guère. En Belgique, Le système de primes à la destruction n'a été aboli qu'en 1963, et la loutre est restée gibier chassable jusqu'en 1973. Sa protection intégrale date de 1986. Elle fut aussi la cible de piégeurs encouragés par le prix élevé de sa fourrure.

Mais quelle est la part du mythe, dans la détestable réputation de cet animal par ailleurs bien sympathique ?

C : J Hlasek - www.hlasek.com

LA FIN D'UN MYTHE

En fait, si le menu de la loutre est effectivement composé de poisson pour l'essentiel, la dimension de ses prises est inférieure à 10 cm et sans grand intérêt halieutique. Elle semble en effet chasser principalement sur le fond ou au voisinage des berges, ce qui réduit le nombre de proies appartenant aux espèces de pleine eau.

Sa consommation journalière de poissons n'excède pas 10 % de son poids, soit 1 kg au maximum pour un mâle adulte. La loutre n'est donc en aucun cas un Attila des rivières mais participe, au contraire, à l'équilibre écologique en attaquant de préférence des proies malades et les espèces plus abondantes.

Ajoutons-y que les sources de nourriture varient en fonction des biotopes : en plus des poissons, la loutre peut consommer des batraciens, divers insectes ou crustacés, voire des oiseaux ou des mammifères. À l'occasion, elle ne dédaigne pas les charognes. Ni, en fin d'été, les baies des arbustes couvrant son territoire.

Pour l'anecdote, il arrive que les loutres s’entraident à la chasse, en rabattant le poisson vers leurs congénères. Une aptitude dont l'homme a localement su tirer parti, en domestiquant certains individus pour la pêche.

GRANDE TIMIDE

Notre belle ardennaise n'en reste pas moins habituellement solitaire, sur un vaste territoire (5 à 15 km de rives le long d'un cours d'eau, ou de 20 à 30 km² en zone de marais) qu'elle ne partage qu'aux frontières et avec des individus de même sexe. L'aire d'un mâle chevauche généralement cellles de plusieurs femelles, qui peuvent être accompagnées de leurs jeunes bien au delà du sevrage.

Nocturne, elle passe la journée dans un gîte. À ne pas confondre avec son terrier : la "catiche".

Établie entre les racines des arbres ou dans des amas rocheux, le long d'eaux calmes de tous les types de milieux aquatiques, pourvu que la loutre y trouve de la nourriture et des abris en suffisance, la catiche constitue un refuge principal essentiellement utilisé pour la mise bas et l'élevage des jeunes. Elle possède généralement une sortie sous l'eau, et une chambre au dessus du niveau de celle-ci. Une cheminée d'aération relie la chambre à la surface. Parfois, la loutre s'éloigne de la rivière pour s'installer dans un terrier de blaireau ou de renard qu'elle peut partager avec l'occupant.

Les gîtes, pour leur part, varient en fonction des sites. Au calme, ce sont de simples couches à ciel ouvert établies dans la végétation des rives. Ailleurs, il s'agit de caches sous un arbre tombé, dans un roncier, un tas de branchages etc. Sauf si elle est accompagnée par ses jeunes, une loutre n'utilise que rarement un même gîte deux jours d'affilée.

Par ailleurs, ses déplacements ne sont pas routiniers et peuvent être considérables. Au cours de la même nuit, elle parcourt parfois plus de vingt kilomètres.

JOUETTE AMPHIBIE

Grâce à un corps adapté à ces deux éléments, la loutre européenne est à l'aise dans l’eau comme sur la terre ferme. Ainsi, si les pattes sont palmées, ces membranes ne sont-elles pas trop développées de façon à ne pas handicaper l'animal lors des déplacements à terre.

Reste que c'est dans l'élément liquide que la morphologie de la loutre donne toute sa mesure. Le corps est fuselé, recouvert d'une épaisse fourrure isolante et imperméable composée de deux couches distinctes : un poil très fin, dense et laineux, recouvert par un poil long, lisse et brillant n'opposant que très peu de résistance à l'eau.

C : "Rathven" - www.beneluxnaturephoto.net

La tête, aux yeux vifs, est pourvue de vibrisses (moustaches) permettant à la loutre de localiser, au moindre mouvement de l'eau, la position d'une proie ou d'un obstacle à éviter. En plongée, les pattes sont plaquées le long du corps, les oreilles rabattues et les narines pincées tandis que la propulsion s'effectue par des ondulations verticales de tout le corps.

Autant de caractéristiques qui en font une véritable torpille qui, sous l'eau, peut atteindre des vitesses de l'ordre de 15 km/h. Paradoxalement, la jeune loutre ne va pas spontanément à l'eau. La mère doit pousser ses rejetons pour leur premier bain.

C : T. Larrey et F. Roger - www.beneluxnaturephoto.net

Pour le reste, quand elle ne chasse ni ne dort, la loutre est d'un naturel jouette et familial : ceux qui ont eu le privilège d'y assister ne peuvent oublier le spectacle de ses glissades sur les berges boueuses ; des poursuites homériques ou des galipettes aquatiques variées. Elle peut y consacrer des heures.

P@3ck

Poils et plumes : la loutre (2/2)

 


C :  Fotolia

 

 

 

 



Crédit(s) photographique(s):Cfr mentions sous photos
Source :
  • Sources et iconographie : voir fin de deuxième partie



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