La promenade que nous vous proposons cette fois est passionnante à plus d’un titre. Son diverticule vers la fortification celtique du Cheslé en est un. Promenade sportive, aussi, à réserver à des personnes en bonne condition physique.

« À l’èwe ! » - « à l’eau ! » : c’est le cri lancé jadis à l’attention des passeurs d’eau, pour requérir leurs services. Il est vrai que la promenade que nous soumettons à vos mollets aujourd’hui fait la part belle à la vallée de l’Ourthe, dans une région inscrite au Patrimoine exceptionnel de Wallonnie.

Elle débute, comme toutes celles ayant Bérismenil pour point de départ, au pied de l’église dédiée à st. Hubert.. Celle-ci a été récemment restaurée, et son patrimoine de croix de schistes mis en valeur.
Laissons la voiture sur l’un des emplacements de stationnement du « marché des gattes », empruntons la route d’en face, et en avant toutes ! Les premières foulées donnent l’occasion d’admirer quelques exemples d’architecture locale en bel état, ou en cours de restauration.

Prochaine étape, en suivant bien la route asphaltée, la croix (votive) et le paysage du lieu dit « sur la hache ».

À partir de là, ça descend. Et c’est raide. Ça remontera, donc. Mais en attendant, profitons de l’abri que nous propose une double haie d’aubépine dont les fleurs viennent tout juste de s’épanouir. Conditions faisant, l’odeur n’était pas au rendez-vous, mais ne boudons pas notre plaisir.

Tous les marcheurs vous le diront : une longue descente, tout particulièrement sur un terrain irrégulier ou – comme c’est ici le cas – la roche affleure, est aussi casse-pattes qu’une belle montée. Pas de hâte ni d’imprudence, donc, surtout si votre promenade se déroule sur terrain humide. Un bon bâton n’est pas de trop.
Quelques hectomètres plus loin, nous voici arrivés au diverticule menant aux fortifications celtiques du Cheslé. Cinq kilomètres de plus, sans doute, mais qui valent le détour. À vous de voir.

Le chemin de la promenade, pour sa part, longe l’éperon rocheux en traversant un taillis d’essences mélangées. Nous parvenons à un « Y » dont nous emprunterons la branche droite.

Descente toujours. Avec un petit raidissement qui nous amène au croisement avec la piste cavalière n°2, balisée par un point vert. À gauche, une dernière occasion de remonter vers le Cheslé s’offre à nous. Mais nous pouvons également nous y engager durant une centaine de mètres, pour découvrir un paysage de toute beauté.

Le lecteur attentif – mais vous l’êtes tous – notera au passage une différence significative de luminosité entre les photos. Et en déduira fort logiquement que nous sommes passé(s) sur cette promenade à deux dates différentes. Ce qui n’empêche nullement, tout au long de l’année, de suivre le parcours fléché parallèlement à un ruisseau qui polit son schiste entre les racines de quelques majestueux épicéas. Ceux-ci tomberont un jour, sans doute, sous la tronçonneuse, à l’instar de ces feuillus que l’opérateur d’un camion grumier est en train de charger. Car la forêt est aussi, ne l’oublions pas, un lieu de travail.

Mais qui voila ? L’Ourthe, pardi ! Nous aurons l’occasion d’en dire plus à son sujet, dans un prochain article. Alors contentons-nous de la contempler, de rêvasser un moment au fil de ses ondes, tumultueuses ou paisibles, selon la saison. Nous sommes ici au lieu dit « Prés Balthazard » (alt. 240), et, ce jour-là, les eaux étaient basses. Le barrage de Nisramont, quelques kilomètres en amont, y était-il pour quelque chose ?

Ça aussi, nous le découvrirons lors d’une nouvelle aventure. En attendant, reprenons notre fameuse promenade, non sans signaler au passage que deux espèces de poissons – le saumon atlantique, et la truite de mer – sont en cours de réintroduction dans l’Ourthe qui, ici, est administrativement de type banale. Voir les conditions de pèche dans votre manuel.

En longeant la vallée, nous notons au passage la présence d’un chalet de pèche dont l’un des pignons est agrémenté d’un fer forgé représentant… la louve romaine allaitant Romulus et Remus… Passons, au propre comme au figuré, et constatons que le chemin tout en rétrécissant, et devient plus boueux. Tandis qu’une buse nous survole, attardons-nous un moment sur une respectable colonie d'ail des ours.

Quelques pas plus loin, c’est la stellaire, qui nous fait un discret salut, tandis que, dans une flaque d’eau où l’oxyde de fer s’en donne à cœur joie, des têtards par centaines attendent leur destin.

L’assiette du sentier se réduit encore, pour se faufiler, entre rivière et à-pic, dans un de ces sanctuaires que l’ami Stassen rattacherait volontiers à sa "Forêt des ombres".

Soyons attentifs : à partir d’ici tout peut arriver. Troncs, racines et rochers prennent autant de formes révélatrices. Aucun doute n’est plus possible : ce domaine est bien le refuge des elfes, des nutons. Ici, les dieux parlent aux hommes…

Le pissenlit, lui, n’en à cure. Il est partout.

N’empêche…

Le chemin se faufile à présent sur la crête d’une digue, entre l’Ourthe et ce qui ressemble fort à un bief. Peut-être celui qui, jadis, faisait tourner la roue à aubes au lieu dit « Vert Moulins », où nous arriverons bientôt ?

Attention à la marche. Ce serait dommage !

Nous voici arrivés sur le site tant attendu. Un petit coup d’œil sur votre gauche, vers les cascatelles du ruisseau de la Fontaine, et le chemin qui le borde, vous donne une petite idée du menu qui vous attend. Hydratez-vous, et avalez une barre énergétique (un bon morceau de massepain fait tout aussi bien l’affaire) car ça va grimper !

Et même bien grimper. Et pendant un bon moment. Et… eh, eh, eh :o)

Mais nous ne sommes pas là pour prouver quoi que ce soit, aussi quelques haltes ne seront-elles pas de trop pour admirer la sauvagerie de cette vallée par ailleurs trop encaissée pour que les exploitants forestiers en extraient les bois d’éclaircie. Comme ici, lors de la traversée du ruisseau.

Allez : encore un petit effort ! Bientôt, le chemin formera un « s » au bout duquel vous retrouverez les vertes pâtures, et avec elles un relief moins exigeant : ça sent l’écurie !

Tandis que vous cheminez vers la chapelle ste. Gotte, prochaine étape de notre périple, prenez le temps de vous retourner - le paysage, ici aussi, est très beau – et de terminer la partie botanique d’une promenade particulièrement riche en la matière (je suis loin de vous avoir tout décrit) en vous penchant sur ma petite chérie: l'aubépine.

Quelques mètres encore, et nous voici à la chapelle sainte Gotte. Altitude : 450 m. Bref, depuis Vert Moulin, nous avons grimpé quelque 200 mètres. Les jambes, ça va ? Pas de rhumatismes ? Parce que c’est le moment : la chapelle est dédiée à sainte Gotte (ou Gote). Une sainte dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Et, qui sait, d’une des deux sources qui jaillissent à proximité ? Celle du lieu dit « La Fontaine », par exemple ? Allez savoir… En tout cas, jadis et naguère (si ce n’est toujours le cas) les goutteux et autres rhumatisants s’entendaient conseiller le pèlerinage à ladite chapelle. Bien sur, en cas de rémission, le mérite pourra toujours en revenir à ND de Lourdes : sa statue orne l’autel, et une main (pieuse) a jugé utile de peindre son nom sur un linteau qui, soit dit en passant, ne lui avait rien demandé.

Mais soit : pas de polémique. Bérismenil nous attend. Et son église. Dédiée à st Hubert. Mais si, vous savez bien : celui qui s’est converti en rencontrant un cerf porteur d’une croix entre les bois, et qui a laissé son cheval courir la forêt pour sauver les humains en péril… Cernunos et Épona sentaient le pâté, ou le souffre ? Hmm ? ;-)
Là-dessus, notre promenade se termine. Souvenirs et méditations vous appartiennent. À la prochaine, pèlerins !
P@3ck
Caractéristiques :
Carte : L’Ourthe supérieure (SI et Maisons du Tourisme) – Promenade n° 6, fléchage par croix jaunes
Kilométrage : 7.400 annoncés, mais 5 de plus si vous empruntez le diverticule du Cheslé. Durée : 3 heures environ.
Difficulté : 3/5
Pour les piétons en bonne condition physique.
Intérêts : petit patrimoine – flore – halieutique - quiétude.- sportif
Accès : moyens personnels conseillés.