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Promenade commentée : Chemin des Pèlerins (Bastogne)
Ecrit par :Patrick Germain 07-11-2007
Dure, dure, cette promenade. Moins par son relief et sa distance que par la nature des revêtements successifs. Elle n’en reste pas moins joliment bucolique, et propice aux rencontres avec le gibier pour autant qu’on la parcourre à des heures adéquates.


Autant le dire tout de suite : hormis les quelques hectomètres empruntant une ancienne voie de pèlerinage, où l’on rencontre un sol affleurant relativement bienveillant, la promenade dans laquelle je vous embarque aujourd’hui risque de faire mal, et même très mal, aux pieds et aux tendons mal préparés et/ou mal chaussés : asphalte et empierrements approximatifs au menu.

L’on notera également que son point fixe – la Ferme des Bisons, à Recogne – impose au total 2 km 400 d’asphalte linéaire sans autre intérêt majeur que la visite du cimetière allemand de la localité. Bref, en l’état, vous pouvez tout aussi bien vous rendre directement au point de départ de la boucle à proprement parler (Foy) et vous limiter aux quelque 8 km de celle-ci. Quitte, ensuite, à visiter les lieux précités à bord de votre cher tas de ferraille préféré.

Ceci dit, vous voyant piaffants et prêts à démontrer qu’il y a marcheur et marcheur : en route donc, fiers fantassins. L’arrière-garde abattra les retardataires !

Tournant le dos à la sortie du parking de la Ferme des Bisons, prenons à gauche pour rejoindre la route de Foy, quelques dizaines de mètres plus loin. Nous l’empruntons à droite, et suivons la montée vers le cimetière militaire allemand.

Celui-ci constituera l’essentiel de nos diverticules du jour. Dans l'environnement sobre qui sied à ce genre de nécropole, 6.807 soldats allemands reposent trois par trois. Une visite s’impose.

Mais reprenons notre cher asphalte, voulez-vous ? Losanges verts sur fond blanc nous feront rarement défaut, qui nous entraînent dans la traversée d’un quartier résidentiel avant d’arriver au carrefour avec la route qui va de Liège à Bastogne en passant par Houffalize. Utilisez les feux de traversée : ceux-ci répondent rapidement aux sollicitations.

C’est tout droit, jusqu’au « T » où nous suivons la signalisation vers Bizory et Mageret. Très vite, une fourche se présente, dont nous empruntons la branche gauche. Asphalte toujours, tandis que nous croisons un agriculteur occupé à rentrer ses « boules » de fourage.

La zone boisée vers laquelle nous nous dirigeons occupe la crête qui s’étend face à nous. Longuets, ces quelques kilomètres d’asphalte en montée régulière.

Allez, un petit effort encore, et nous voici traversant le Bois Jacques, entre le Bois des Corbeaux et la Fagne des Trois Maries (un vocable qui pourrait bien remonter à la nuit des temps, mine de rien). Ici comme en tant d’endroits martyrisés par l’Offensive d’Ardenne, la trace des trous de fusiliers – ou « fox-holes » - nous donne une idée de la violence des combats qui s’y sont déroulés voici quelque soixante ans.

Toujours des fox-holes, toujours de l’asphalte, toujours du faux-plat. Nous sommes à la mi-juillet, et les floraisons se font plus discrètes : la digitale fait de la résistance, et le fait plutôt bien.

Mais ne voilà-t-il pas que nous apercevons l’ébauche d’un petit col ? Et, avec lui, la promesse de quelques foulées en descente ? Si fait. Notez, sur votre droite, un reliquat de terrain fangeux.

Plus loin, le talus de l’ancienne ligne de chemin de fer entre Gouvy et Bastogne barre l’horizon.

C’est vers elle que nous nous dirigeons. Mais avant de croiser son assiette, arrêtons nous un moment devant le monument dédié à la compagnie E du 506° Parachute Infantry Regiment.


À quelques mètres de là, l’ancienne halte de Bizory inscrit bâtiments et annexes le long de l’ancienne voie de chemin de fer reliant Bastogne à Limerlé (Gouvy). Celle-ci, répertoriée « EB 163 », longue de 24 km, fut inaugurée le 20 février 1884, mise hors service cent ans plus tard et démantelée en 1990. Elle faisait partie du trajet reliant Libramont à Sankt-Vith par Bastogne et Gouvy, soit 79 kilomètres. Il est question d’en faire l’un des éléments du Réseau Autonome des Voies Lentes (RAVEL). Mais les dernières nouvelles donnent matière à réflexion :http://www.lecdh.be/docparlement/pa4273.htm


Quittant cet endroit à l’ambiance si particulière, nous poursuivons sur le route asphaltée jusqu’à parvenir au Tier des Tâbes. En nous engageant sur le chemin qui débute sur notre gauche, nous allons suivre, quelques kilomètres durant, le « Chemin des Pèlerins » qui a donné son nom à la promenade. Celui-ci, encore utilisé de nos jours, conduit les pèlerins de Lendersdorf (en Allemagne, près de Düren) à Saint-Hubert sur les pas de leurs prédécesseurs qui, au XVIIIème siècle ont fait le déplacement pour obtenir la fin d’une épidémie de rage.

Réjouissons-nous : en dépit de sa situation en affleurement sur la pierre du sous-sol, ce chemin présente néanmoins un terrain plus favorable à la marche que ceux rencontrés jusque là. Et, surtout, que ceux que nous rencontrerons plus loin. Mais chaque chose en son temps.

La tanaisie montre le bout du nez : avec sa large bordure jaune-vif et son odeur enivrante, celle qui symbolise l’immortalité doit faire de ce tronçon un espace bien agréable à traverser à partir de la fin-juillet.

Nous circulons toujours parallèlement à la ligne de chemin de fer EB 163, tandis que, sur notre droite, le plateau de Bastogne ondule.

Du « Bois de la Paix », inauguré à l’occasion du 50ème anniversaire de la fin de la guerre 40 – 45, nous ne verrons pas grand’ chose : une signalisation inexistante et de nombreux barrages végétaux ou symboliques (cordes) ne nous permettent pas d’aller plus avant à la découverte de ce bois dont les bouleaux ont été parrainés par autant de vétérans US et qui, vu du ciel, dessine le symbole de l’UNICEF.

C’est dans un environnement paisible que nous avançons. Préservons-le tel et, peut-être, aurons-nous la chance de croiser quelque gibier ? Les oiseaux, en tout cas, nous accompagnent de leurs trilles.

Le balisage est efficace, et bien dégagé : suivons-le en confiance. Il laisse sur sa gauche un diverticule qui remonter vers le talus de l’ancienne voie-ferrée, et sur sa droite une vaste pâture accueillante aux adeptes du scoutisme. Bien bel endroit de camp, ma foi, où les tas de bois de « woodcraft » attendent les petits génies du brelage et de la tige filetée.

Dommage : pas eu le réflexe de déclencher pour cet adepte du « quad » qui, après s’être approché à une vitesse généralement peu usitée par les fondus de ce moyen de locomotion, a pris le temps de s’arrêter pour s’excuser pour la poussière soulevée. Brave homme : puissiez-vous faire des émules !

Et c’est vrai que ce chemin est très poussiéreux. Humide, par contre, cette fine pellicule transformée en boue doit être un rien piégeuse.

Parvenus à l’indication « Chemin des Pèlerins – 540 m », attention. Une petite faiblesse du balisage fait hésiter. Pas longtemps, heureusement. Au carrefour, continuons tout droit, sur une route asphaltée qui traverse un agréable sous-bois, parti d’épicéas et de hêtres.

 

 


Le chemin remonte, à présent, pour nous ramener dans les espaces cultivés. Nous laissons sur notre droite le terrain de modèles réduits de « L’Hirondelle Model Club » où rien ne virevoltait ce jour-là, avant de nous retrouver devant un carrefour dont nous suivons la branche gauche, en direction de Foy.

Depuis cette petite crête, on perçoit nettement la différence de paysage entre le plateau de Bastogne, sur notre droite, et l’Ardenne mouvementée qui s’empare de l’horizon, sur notre gauche.


Un petit abri de béton, appartenant aux infrastructures de la voie ferrée, confirme que nous allons traverser celle-ci pour la deuxième fois de la journée. Noyé au milieu des épilobes, le coup d’œil ne manque pas de charme.

 


Ne nous laissons pas bercer par la quiétude du lieu, car le seul gros pépin de fléchage se présente une dizaine de mètres plus loin : notre périple va se poursuivre sur un chemin empierré qui quitte l’asphalte entre deux pâtures. Vandalisme ou oubli, il serait bon de remédier au manque de signalisation, ici.

Pas de problème, sur les premières dizaines de mètres de ce chemin où nous escortent les marguerites. Mais ça se gâte très vite. Car l’empierrement, s’il doit faire les affaires des engins agricoles, constitue un véritable casse-pattes pour les piétons, fussent-ils munis de bonnes chaussures : trop gros, les cailloux vous défoncent littéralement la plante des pieds et, surtout, rendent l’équilibre aléatoire. Une couche de poussier par-dessus tout ça ne tuerait pas.

D’autant que la traversée de l’espace forestier qui se présente à nous est bien agréable, et typique de ce que l’on peut rencontrer sur les sous-sols affleurants de l’Ardenne. Ne vous gênez pas pour jurer de temps à autre : ça fait du bien, et je me sentirai moins seul au purgatoire, en votre compagnie. Mon préféré c’est : « mildjû d’mildjû ké djeu ti vochâle ! », et vous ?
Poursuivons cahin-caha jusqu’à retrouver les espaces dégagés annonciateurs du village de Foy, qui se profile. On en viendrait à bénir l’asphalte, tandis que l’on s’engage entre les premières maisons.

Attention : ne prenez pas à gauche comme indiqué dans le guide de cette promenade : passez, tout droit, devant une charmante demeure aux couleurs... colorées...
Voici bientôt la boucle bouclée : il n’y a plus qu’à rejoindre Recogne par la même voie que celle du départ, non sans avoir jeté un œil sur une habitude naguère courante mais en très nette régression. L’épaisseur du tas de fumier, sur le seuil, constitua longtemps un signe extérieur de richesse.

Mais allez zou : on retraverse la grand’ route, direction la Ferme des Bisons. Non sans effectuer un petit crochet au passage par le monument qui situe l’ancien cimetière américain ; lequel, créé en 1945, abrita 2.719 tombes jusqu'en 1948.

Quelques foulées encore, et nous voici revenus à notre point de départ. Indanistes aidant, la visite de la Ferme des Bisons sera pour plus tard. Claqués, pèlerins ? Ce n’est guère étonnant, et largement partagé par votre serviteur qui vous promet, pour la prochaine, quelques kilomètres doux aux chevilles. Oui, je sais : on dit ça, et puis…

P@3ck

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Crédit(s) photographique(s):Patrick Germain

Note :

Caractéristiques :

Carte : Livret "Promenade du chemin des Pèlerins" (SI Bastogne et Maisons du Tourisme) – Fléchage par losanges verts

Kilométrage : 11 km. Durée : 4 heures environ.

Difficulté : 3/5

Casse-pattes à réserver à des marcheurs avertis et bien équipés.

Intérêts : paysages - histoire - quiétude.

Accès : moyens personnels conseillés.




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