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Promenade commentée : elfes et déesses du Ninglinspo
Ecrit par :Patrick Germain 22-01-2008
Deux centième article de Médiardenne, notre escapade du jour est du genre bondissante : en route, de schistes en quartzites, vers les chaudière et autres bains de la vallée du Ninglinspo. Et feu d'artifice en images pour l'occasion


Lové dans l'une des parties les plus pittoresques de la vallée de l'Amblève, à un roulement de galet des Fonds de Quarreux, le hameau de Sedoz est avant tout renommé par sa situation aux marches de l'un des sites naturels les plus visités d'Ardenne. Le Ninglinspo, puisque c'est bien de lui dont il s'agit, est un affluent de la rive droite de l'Amblève qui donne en effet son nom à une grande classique du tourisme d'excursion.

Longue d'un peu plus de sept kilomètres, la promenade à laquelle nous vous convions aujourd'hui ne doit toutefois pas être prise à la légère. Sa dénivelée moyenne n'est pas triste - elle atteint 12,5 % dans la portion la plus escarpée - et emprunte souvent les rochers humides. De bonnes chaussures, pourvues de semelles bien adhérentes, ne seront pas un luxe et l'on veillera à ne point trop perdre de vue les cadets, toujours en quête d'une bonne petite gamelle sur ce type de terrain à la fois ludique et piégeur.

Ultime recommandation, le Pèlerin médiarduen préférera visiter cet endroit vivifiant quelques heures après la pluie : les cascatelles y auront gagné en magie. Et les lieux en tranquillité. Car les groupes sont fréquents par beau temps, et le moindre peloton souvent difficile à doubler.

Allez zou, trêve de préliminaires : en route, Pèlerin. Ou, plus exactement, en piste !

Le balisage de rectangles bleus invite nos premières foulées à emprunter l'asphalte, le long d'un vallon tranquille bordé de noyers, jusqu'au croisement avec le ruisseau du Vieux Chéra que l'on franchira a gué, tout en jetant un coup d'oeil sur la première des berges pavées dont nous rencontrerons d'autres exemplaires tout au long du parcours.

Quelques pas encore, et voici le Ninglinspo, qu'une passerelle permet de traverser à pied sec.

Première du genre et moins secrète sans doute que les autres cuves que nous allons découvrir, la Chaudière constitue néanmoins une belle entrée en matière. A 230 mètres au-dessus du niveau de la mer, et 90 de celui de la vallée de l'Amblève, la surface du sentier prévient : la suite est glissante, et plutôt boueuse.

Cinq cents mètres plus loin, après avoir eu l'occasion de saluer quelques beaux bouquets d'aulnes en compagnie de la bergeronnette des ruisseaux, le Bain des Naïades est le plus vaste de ceux qui vont à présent se succéder au gré d'un vallon encaissé.

Le bassin du Ninglinspo doit son aspect aux nombreuses traces de phénomènes périglaciaires, et à l'eau qui dévale en pente raide, chargée de particules solides à l'origine de la formation des cuves. Les amateurs de géologie trouveront ici matière à enrichir leur bagage concernant le Massif de Stavelot.

Mais reprenons notre chemin, voulez-vous, en savourant la langue belle du rédacteur du guide Cosyn "Est de la Belgique" qui, voici quelques dizaines d'années, racontait : "Le torrent tombe dans la cuve et tourbillonne impétueusement dans la masse limpide pour s'en échapper enfin par une cascatelle. Cette eau, claire et profonde, bordée de rochers moussus, reflète des franges de bruyères et de myrtillers et s'abrite sous un rideau d'aulnes. Les visiteurs virent dans ce site forestier le cadre rêvé des idylles mythologiques."

Pas une ride et, déférence gardée, référence utile à tout qui voudrait mieux percevoir les racines du "coup de patte" Médiardenne : "sujet-verbe-complément" s'abstenir. Soit, bouillonnements pour bouillonnement, quittons celui d'une sainte colère pour ceux du Bain d'Hermès.

Lequel prélude au Grand Chaos, amas de roches erratiques qui porte bien son nom.

Au bout de celui-ci, une portion moins accidentée passe par le Noir Heid avant que notre chemin s'engage entre les lèvres d'une gorge aux parois plus escarpées à mesure de la progression. Petit coup d'oeil au passage sur le travail des hommes, lui-aussi impressionnant lorsqu'il s'agit de temporiser l'érosion.

Et nous voici arrivés au Bain de la Loutre, dont la topographie corrobore le toponyme. Nul doute que les loutres, jadis présentes en nombre dans le bassin de l'Amblève, aient trouvé sur ce toboggan achevant sa course dans une cuvette d'eau cristalline matière à l'une de leurs occupations favorites : le jeu.

Un petit coup d'Indiana Jones ? Vérifiez toutefois la stabilité de ce genre d'aménagement avant de vous engager : le vandalisme crétin sévit ici aussi.

Étape suivante, le Bain du Cerf est taillé à vif dans le rocher, au confluent des rus de Honnay et des Blanches Pierres qui donnent naissance au Ninglinspo.

C'est donc sur le cours du ru des Blanches Pierres que nous allons poursuivre, à la rencontre de ces Dames au bain. Secrètes, et sans doute les plus parfaites, les cuves du Bain de Diane puis du Bain de Vénus méritaient bien d'aussi gracieux auspices.

Ah, belles déesses ! Seyants séants séant céans, courbes cambrées, l'Olympe connaît-elle d'aussi plaisants séjours ? Notre légitime chauvinisme se permet d'en douter. Et puis, ces bellâtres de dieux grecs, hein... ;o)

Quittant le lit de la rivière, le cours balisé escalade à présent le versant, pour surplomber quelques mètres durant le vallon du Honnay avant de redescendre vers le ru des Blanches Pierres en longeant entre autres un peuplement de pins sylvestres donnant à voir un joli mélange de couleurs ; tout en se souvenant que ce type d'essence forestière fut longtemps destiné à fournir les charbonnages liégeois en bois de mine.

Tutoyons la berge une dernière fois, puis regrimpons la rive gauche jusqu'à suivre une courbe de niveau plus reposante. Le chemin empierré traverse plusieurs petites zones humides - sourdants d'autant d'affluents du Ninglinspo - auxquelles les sangliers du coin semblent prendre plaisir à rendre visite.

Dans l'ombre de la pessière, la pente s'accentue jusqu'à rejoindre le pavillon du point de vue Drouet. L'édicule semble mieux résister aux vandales que d'autres aménagements.

Or donc, découvrons tout à notre aise les pleins et déliés ondoyants de ce beau paysage ardennais, tant que des débiles n'en ont pas fait un rompt-le-cou.

Poursuivant la descente, nous ne tarderons pas à rejoindre Sedoz, croisant de bien jolies maisons en cheminant vers le vaste parking jouxtant la bien nommée auberge du Ninglinspo.

C'est ici que nous nous quittons Pèlerin. Une autre magie - celle des Fonds de Quarreux - m'attend, dont vous ne tarderez pas à découvrir l'écho en ces lignes. Bonne fin de journée !

 

 



Crédit(s) photographique(s):Patrick Germain

Note :
Caractéristiques :
Carte : Aywaille (SI, Maisons du Tourisme et auberge du Ninglinspo)
Kilométrage : 7 km. Durée : 2 1/2 heures environ.
Difficulté : 3/5
Passages relativement sportifs, mais à la portée du plus grand nombre.
Intérêts : patrimoine naturel - géologie - eaux vives - paysages -
Accès : moyens personnels ou lignes d’autobus
Note complémentaire : résistez, autant que possible, à la tentation d'emporter un galet-souvenir. Des milliers de personnes défilent ici chaque année...
Source :
  • "Guides Cosyn - Est de la Belgique" (Deuxième édition - 196?) Introduction à la "Contribution à l’étude géomorphologique du bassin du Ninglinspo" de G. Rixhon
Sur la toile :



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