À mesure que s'étoffe l'éventail des promenades commentées sur les chemins de l'Ardenne, un constat s'impose : « beau » est un qualificatif bien trop générique. Saluons donc au passage celles et ceux qui mettent ces itinéraires au point, avant de suivre la piste du Hibou de Remoiville.

Hormis quelques hectomètres de grimpette que chacun escaladera selon sa condition physique du moment, aucune difficulté notoire n'est à signaler au départ du Moulin de Godinval et de son complexe hôtelier. La quiétude est au rendez-vous de la bonne dizaine de kilomètres qui nous attend au coeur d'un paysage bucolique à souhait dont la qualité du silence n'est pas le moindre atout.

Historiquement, Remoiville fait partie de ces villages dont les belles somnolences printanières sont trompeuses : des haches en silex poli ont été découvertes sur son territoire, de même que les vestiges d'une villa romaine, attestant d'une occupation humaine fort ancienne. Dépendance du domaine carolingien de Nives, le village devient ensuite un fief de l'abbaye de Saint-Hubert. Seigneurie foncière, Remoiville est aux mains des de Lamborelle au XVIème ; acquise temporairement par la famille de Cobreville en 1585, elle passe aux d'Everlange, puis aux Vaucleroy par alliance. La République et l'Empire font de Remoiville une agence puis une mairie et enfin une commune qui, en 1823, rejoint celle de Hompré, désormais intégrée à l'entité de Vaux-sur-Sûre.

Autant de considérations qui, en suivant les triangles-rectangle du fléchage, vont nous amener tout naturellement sur le site de l'une de ces fontaines thérapeutiques si chères aux anciens. Réputée pour ses vertus ophtalmiques et dédiée à une Sainte-Larme inconnue au bataillon, la source fut jadis un lieu de pèlerinage réputé.

À quelques courbes de niveau de là, l'origine de église paroissiale Saint-Maurice remonte à la période carolingienne, bien qu'elle ne soit citée pour la première fois qu'en 1129, parmi les propriétés de l'abbaye de Saint-Hubert. Sa parure de vitraux, toujours en cours de réalisation à l'heure où ces lignes sont écrites, est l'oeuvre du maître verrier liégeois Jean-Marie Pirotte. Si l'occasion vous est donnée, ne manquez pas de découvrir ce magnifique jeu de lumière de l'intérieur, un jour de soleil où la nef de la modeste église de village prend des allures de cathédrale.

Le temps de remarquer une belle gentilhommière et son parc, auquel le printemps donnait ce jour la des airs de composition florale, et un chemin de campagne nous invite à prendre la clef des champs.
Nous voici au coeur d'un temple de silence auquel même un ardennais pourtant immergé dans la richesse de son terroir ne peut rester indifférent. Quelle délicieuse impression de quiétude ! En contrebas, la vallée porte la marque d'un remodelage humain, avec ses allures de grand étang asséché dont nous allons bientôt comprendre l'origine.

Car au détour d'un écran d'épicéas, nous voici parvenus sur le site des ruines du moulin-tannerie de Cobreville. Un bel ensemble romantique, que la végétation tout juste renaissante n'avait pas encore eu le temps de submerger, et sur lequel nous reviendrons car son histoire est celle d'une industrie jadis répandue en Ardenne.

Nous y découvrons par ailleurs une importante colonie de ficaires fausses renoncules.
Plus loin, le ruisseau musarde, offrant quelques bassins tranquilles aux pieds fatigués et, surtout, au plaisir des enfants s'ils vous accompagnent. C'est l'occasion de les noyer, aussi, s'ils ont été insupportables... ;o)

Mais avant de commettre l'irréparable, sachez que la côte qui nous attend à présent a de quoi refroidir quelques ardeurs. C'est peut-être pour ça qu'une potale, touchante de simplicité, a été érigée à son pied. Dédiée à Notre-Dame, elle contient, simplement, un flacon représentant celle-ci, témoin d'un pèlerinage à Lourdes ou dans un autre lieu marial.
Allez hop, y'a pas : quand 'faut y aller, 'faut y aller ! La côte n'est pas particulièrement longue, mais elle est abrupte. Et même si la vue d'ensemble sur les ruines de la tannerie de Cobreville mérite une pause, nous ne serons pas fâchés d'arriver au sommet.
En bordure de plateau, l'herbe est douce à souhait, et l'étendue qui s'offre au regard invite à la rêverie : un petit bout de saucisson et une tranche de pain, peut-être ? À vous de voir, mais si la chose est prévue au programme, prenez tout votre temps.

Le chemin suit la ligne de crête, rectiligne, à la manière des plus vénérables de nos voies de communications. Sur notre gauche, Remoiville émerge de la verdure tandis que le plateau ondule doucement à dextre, avec son damier de cultures et de pâturages.
Madame l'hermine, en pelage estival, nous accompagne un moment, s'arrêtant de loin en loin à bonne distance et sans jamais nous laisser le temps de déclencher l'objectif. Suivons le guide jusqu'aux premiers genêts qui, ce 18 avril 2007, sont déjà en fête à l'instar de toute une végétation sortie du sommeil par un printemps précoce et caressant.

À 505 mètres d'altitude, la Drahutte précède de peu un carrefour dont nous allons emprunter la branche de droite, longeant des terres agricoles au coeur desquelles s'inscrivent çà et là quelques bouquets d'arbres tourmentés marquant autant de sources et de sourdants. Sur notre gauche, un petit arboretum présente une belle variété d'essences que l'on prendra plaisir à identifier même si l'on s'aperçoit alors que les ruines de la tannerie ont perçu leur écot sous la forme d'une paire de lunettes. Embêtant, mais pas dramatique.

Empruntant ensuite la route asphaltée à gauche, en direction de Chaumont, nous passons d'un paysage de pénéplaine à celui, plus accidenté, annonçant la Haute-Ardenne. À l'entrée de Chaumont, un monument commémore les victimes civiles et militaires de la bataille des Ardennes, il porte l'insigne de la 4ème division blindée US (Gaffey) qui allait désenclaver Bastogne au terme de plusieurs jours de combats meurtriers. Peut-être le hêtre séculaire qui l'abrite a-t-il vu passer le tenace Creighton Abrams à la tête de ses derniers Sherman, en route vers leur position favorite : « Là-bas, sur ce p... de point d'où l'on attaque ! »

Tournant à gauche, quelques mètres plus loin, nous reprenons la direction de Remoiville et Nives, en suivant l'asphalte. Au passage de la crête, un chêne tourmenté dont l'écorce recèle mille visages retient notre attention. Celui-la aussi, vaut le détour.

Quant aux visages, ce devaient être ceux de trolls, car nous voici mine de rien sortis du parcours fléché. Le Petit Peuple se plaît à jouer semblables tours.
Soit : libre à vous de rentrer « au droit » en suivant un balisage qui n'est en rien responsable de la méprise, où de refaire un crochet par le centre de Remoiville en longeant un vallonnement humide qui ne manque pas d'intérêts.

On y trouvera entre autres une importante colonie de chélidoine dont on notera au passage que les médecins de l'antiquité la conseillaient pour soigner les yeux malades. Hasard ou nécessité, allez savoir, toujours est-il que de Sainte-Larme au coeli donum (don du ciel), la boucle est bouclée, et notre promenade du jour terminée.

À bien vite, Pèlerin, pour de nouvelles découvertes traversières.
Caractéristiques :
Carte : Vaux-sur-Sûre et guides de promenades (SI, Maisons du Tourisme) – ces documents étant en cours de réimpression lors de notre passage, les cartes IGN de la planche 65 ont été utilisées, mais le balisage se suffit à lui-même.
Kilométrage : 11 km. Durée : 3 1/2 heures environ.
Difficulté : 2/5 - familiale
Intérêts : patrimoine bâti, naturel, historique et religieux, paysages, diversité, quiétude
Accès : moyens personnels conseillés