Pour garder la fagne dans l’état actuel, les gestionnaires de la Réserve Naturelle Domaniale des Hautes Fagnes doivent éviter à tout prix qu’un reboisement naturel vienne perturber l’équilibre entre forêts et landes.
Depuis la disparition des troupeaux de moutons au début de ce siècle, il a fallut assurer la maintenance par des moyens mécaniques. Actuellement, le coût élevé du fauchage (jusqu’à 40.000 bef à l’hectare), a obligé les responsables à trouver une possibilité de réduire ces frais de façon drastique. C’est tout simplement vers la gestion ancienne, traditionnelle et naturelle que se sont tournés les gestionnaires : la création et la remise en fonction d’un troupeau de moutons, qui sous la conduite d’un berger, assurerait l’entretien de la Fagne, ou du moins, d’une partie de celle-ci.
En 1997, Mr Morren, d’Aarschot, diplômé d’une école de berger des Pyrénées, proposait spontanément de mener paître un troupeau de moutons dans les Hautes Fagnes. La commission de gestion donna son accord et une convention fut passée entre l’intéressé et la Région Wallonne.
Le site choisi pour cette réintroduction fut celui de la partie ouest de la Grande-Fange. Cette zone est composée de grandes landes à calunes et myrtilles, seules végétations pâturables en hiver, et il fut possible d’y installer des refuges et des stockages de fourrage hivernal ( deux abris pour les moutons et un pour le foin).

Le berger, quelques moutons et les deux chien, une osmose parfaite.
Les 232 premiers moutons ( 217 béliers et 15 brebis) ont d’abord été parqués dans des enclos électrifiés afin de s’habituer à l’endroit, au berger et à ses chiens, des Border Coolie. Ces bêtes sont des Wales mountain sheep par les mères et de races différentes par les pères : Wales mountain sheep, Cheviot, North country Cheviot, Scottish black face, Texel, Suffolk et Keryhill.
Jusqu’au mois de février 1998, le berger est monté assez peu en Fagne avec ses moutons, mais à partir de cette date et jusqu’à la mi-mai, le troupeau a parcouru presque tous les jours des zones de landes sèches. La durée du pâturage a augmenté progressivement. Au début, le troupeau partait vers 11 heures pour rentrer à 16 ou 17 heures, et début avril, il démarrait vers 8 heures et rentrait aux environs de 19 heures. A partir de mai, les moutons n’ont plus eu l’occasion de brouter les zones à myrtilles car celle-ci sont susceptibles d’abriter les nids des oiseaux rares, tels le tétra lyre ou le traquet pâtre. C’est vers les pâturages envahis par la molinie et les semis naturels de ligneux, sites nécessitant une gestion urgente, que le troupeau fut mené.

Les moutons paissent, tranquilles, sous l'oeil vigilant des chiens.
Durant la période d’hiver, les scientifiques qui suivent cette expérience de réimplantation des moutons en fagne, ont pu tirer quelques conclusions : les animaux sont peu sensibles à la rigueur du climat, même à des températures nocturnes de moins 13° à moins 17°, la neige ne les incommode absolument pas mais par contre, l’humidité pose problème. En conclusion, les responsables de ce projet ont constaté que les moutons peuvent hiverner dans les Hautes Fagnes à condition d’être en bonne santé, de disposer de prairies plus fertiles pendant quelques heures chaque jour, et de pouvoir recevoir un complément de nourriture de bonne qualité. C’est à ces quelques conditions, pas trop difficiles à réunir, que l’on peut renouer dans cette région de l’Ardenne, avec une ancienne pratique agro-pastorale.
De l’expérience de 2 ans vécue par le berger, Mr Morren, celui-ci dégage les grandes lignes suivantes : le troupeau devrait être plus important ( 1.200 bêtes) - il devrait être composé principalement de brebis pour la reproduction - les parcours devraient être bien localisés, délimités et balisés - il est impératif que du fourrage de bonne qualité soit distribué en période hivernale - dans l’hypothèse d’un troupeau supérieur à 1.000 moutons, il faudrait installer une étable pour la mise à bas des brebis - des débouchés de commercialisation devraient être étudiés, avec éventuellement la mise au point d’un label de qualité.
Il est utopique, en quelques lignes, de vouloir faire le tour d’un sujet aussi vaste et intéressant, mais si vous désirez de plus amples renseignements, je vous propose d’appeler le Centre Nature de Botrange au 080/ 44.03.00.

Le Centre Nature de Botrange
André Dechamps.