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Bataille des Ardennes : Marcel Jeanpierre était gamin
Ecrit par :Marcel Jeanpierre 29-10-2007
Marcel Jeanpierre nous raconte ce qu' ont vu ses yeux de gamin, dans la région de Grand-Halleux (Vielsalm) Il devint ensuite officier chez les Chasseurs Ardennais.

Mon nom est Jeanpierre, Marcel; j'avais 13 ans lorsque les événements ci-après se déroulèrent en décembre 1944, à Grand-Halleux, près de Vielsalm (Belgique).

Depuis le 18 décembre 44, on entendait l'artillerie et les armes lourdes se déchaîner dans la direction de Saint-Vith, Poteau (vers l'est du village de Grand-Halleux) et aussi vers Stavelot (Nord). L'intensité augmentait au fil des jours et le détachement du génie U.S. qui était cantonné au "Cercle", local situé à 200 mètres de notre maison, sur la route menant à Wanne, était subitement parti dimanche 17 décembre 44. Nous avions appris par un soldat, Max PERVOLSKY, qui passait les soirées chez nous, que l'armée allemande contre-attaquait et se trouvait déjà à Saint-Vith. 

Aussi inquiets et en quête d'informations, le 20 décembre 44, avant-midi, papa et moi, nous étions rendus au centre du village où nous vîmes arriver des soldats U.S., parachutistes en camions. Pour le village, il s'agissait de la Cie G, 3e bataillon, 505e régiment, 82e Division Air borne. 

Il faisait très froid et les soldats avaient allumé des feux de bois en face de la maison communale, pour se réchauffer. Je fis la connaissance d'un soldat hispano-américain qui me distribua du chocolat. 

Dans l'après-midi du 21 décembre, nous vîmes arriver à la maison ( 300 mètres du centre du village, vers l'est) un sergent et un groupe d'une dizaine d'hommes qui allaient constituer un avant-poste, face à la direction de Wanne.

Pendant la soirée, ils s'installèrent dans la cuisine chauffée, où nous dormions sur des matelas posés sur le parquet. Toute la nuit, maman fit du café, donné par les soldats, et papa discuta en allemand (appris à l'école) avec le chef de l'avant-poste, le sergent Willie B. BEATY; celui-ci avait 24 ans et nous dit s'être battu en Sicile, Italie, Normandie et Hollande. Chaque fois qu'une patrouille de trois ou quatre hommes sortait pour effectuer une ronde, on diminuait la lumière de la lampe à pétrole (il n'y avait plus d'électricité). Nous, c'est-à-dire mon père, ma mère, grand-mère, ma soeur et moi n'avons pas dormi, tenus éveillés par la curiosité et le mouvement. A l'aube, les soldats U.S. ont rejoint leur unité dans le village. Ce jour 22 décembre 44, vers midi, ils sont venus mais ont voulu s'installer dans la maison voisine vide de ses occupants. 

Après-midi, alors que le sergent U.S. et papa parlaient ensemble devant la maison face à la route, on a aperçu dans un bois situé à 300 mètres au nord, un homme qui nous observait; le sergent a envoyé immédiatement une jeep jusqu'en haut de la colline (croix d'Ennal) sur la route mais en vain, puis a fait déclencher un tir d'artillerie sur les crêtes nord et à l'est. La nuit tombait vers 17 heures et alors que les soldats se trouvaient dans la maison voisine, toute notre famille était auprès du poêle avec la lampe à pétrole allumée sur la table. Vers 19h15, des rafales de mitraillette déchirent le silence. Mon père nous pousse tous vers un coin de la cuisine situé sous l'escalier du rez-de-chaussée et plus ou moins protégé par une armoire. Quelques secondes après, nous sommes assourdis par l'explosion des grenades; une enfonce la porte donnant vers l'extérieur puis, une deuxième éclate au milieu de la pièce blessant ma mère et ma grand-mère. La table est cassée et la lampe à pétrole projetée sur le sol; une chaise atterrit sur le poêle et commence à brûler. Des grenades éclatent simultanément dans le corridor au rez-de-chaussée (au dessus de la cuisine-cave) et démolissent la cage d'escalier qui dégringole dans la cuisine. Les Allemands qui attaquent hurlent leurs noms: Johan, Manfred, Hans, etc.. à nous faire dresser les cheveux sur la tête. Lorsque l'assaut contre l'avant-poste est terminé et que les bruits du combat s'éloignent vers le village, papa ramasse les matelas couverts de gravats et les transporte dans la cave attenante à la cuisine. Nous allons dans la cave à tâtons dans l'obscurité la plus complète et on transporte ma grand-mère qui a perdu beaucoup de sang. Vers minuit, des bruits de bottes et des mots gutturaux retentissent dans la cuisine; on pousse la porte de la cave qui résiste, puis un coup de pied dans la porte la force à s'ouvrir. Il s'agit de trois soldats allemands dont le premier est un gradé qui braque un pistolet devant lui. Mon père crie Ho! pour signaler notre présence. Le gradé qui porte un briquet allumé dans la main gauche, gueule :Warum kein licht hier ?.Mon père répond: "Nous avions une lampe à pétrole dans la cuisine mais vous l'avez brisée avec les grenades". Le gradé; "De la lumière, vite". On allume une bougie et le gradé nous voyant couchés sur des matelas libère les deux soldats. Mon père lui dit alors que ma mère et surtout ma grand-mère ont été blessées. Le gradé; "Faites voir cela"! Il examine brièvement et conclut que ce n'est pas grave. Ensuite il dit: "Il y a beaucoup de partisans dans la région". Mon père:" Je ne sais pas". Le gradé: "Oui il y en avait dans le village voisin(Wanne), nous les avons tués". En effet, on apprit plus tard que les "SS" avaient fusillé six hommes à Wanne vers le 20 décembre. 

Ensuite le gradé demande une corde pour attacher son pistolet à son ceinturon et explique que cela sera plus sûr pour ramper ou faire des bonds. Après quelques instants, il salue militairement, et quitte la cave. Nous l'avons échappé belle.

Le lendemain 23 décembre 44, un soleil radieux brille mais il fait néanmoins froid; papa décide à faire une reconnaissance en dehors de la maison. Mon père et moi enjambons les décombres dans la cuisine et allons jeter un coup d'"oeil sur la route et les maisons voisines. Un officier "SS" isolé nous aperçoit et nous appelle. Il nous fait signe de le suivre le long de la maison voisine où étaient cantonnés les parachutistes US. et nous désigne le corps du malheureux sergent recroquevillé et tenant une motte de terre dans la main droite. Le casque a roulé à ses côtés. L' Allemand nous dit: "Voici le schwein hund" qui a tiré sur nous hier soir lorsque nous avons attaqué. Il retourne par un bras le cadavre et lui flanque un coup de pied puis, il fouille ses poches, prend son portefeuille après en avoir fait l'inventaire, son peigne en faisant remarquer que cet objet est introuvable en Allemagne. Il dérobe aussi un porte-photos qu'il jette le long du mur.

Un autre soldat US. gît mort dans l'entrée d'une porte arrachée par les grenades. Il s'agit du soldat hispano-américain qui m'avait donné du chocolat sur la place communale le 21 décembre. Papa fait remarquer à l' Allemand qu'une grenade non explosée se trouve dans le corridor de notre maison. L'officier examine la grenade, la ramasse et la jette dans le champ en face., puis il s'éloigne. 

L'aventure n'est pas encore terminée pour nous. Nous évacuons au village voisin d'Ennal après avoir passé la nuit de Noël sous un tir continu d'artillerie puis nous devrons quitter la région par ordre de l'autorité allemande pour nous rendre à vingt kilomètres d'ici à Ottré par les routes enneigées le 2 janvier 1945 et, ensuite assister à la contre-offensive américaine. Après certaines recherches, j'ai découvert que le sergent parachutiste américain tué le 22 décembre 1944 à Grand-Halleux s'appelait Willie B. Beaty, Matricule: 34360248; l'auteur Allen L. Langdon en parle dans son livre "505"th Parachute Infantery Regiment, et les allemands qui attaquèrent la Cie G-3 bataillon-505 th Regiment appartenaient à la 9 "SS" Panzer division.




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