Tel un joyau sur la colline,
De son écrin vert il domine
La fière vallée de Tectis
Dont il fit le renom jadis...
Franchimont...

Nous voici devant l’entrée de la cour principale. Les murailles sont franchies, nous sommes protégés par les âges.
Un nom sonore, un nom qui a de longs échos de gloire dans l’épopée de la Principauté de Liège. Un nom, surtout, qui parle d’héroïsme, et qui laisse rêver sur l’esprit qui, jadis, animait nos ancêtres...
C’est comme cela, en tout cas, que les enfants de ce pays connaissent généralement l’histoire de Franchimont. Mais lorsqu’on ouvre cette histoire, mille autres faits apparaissent, moins connus, sinon ignorés. Voici qu’apparaît le visage réel de ce monde féodal cruel, absurde, sanglant, fait de querelles sordides, d’orgueils monstrueux, de crimes, de trahison, de misère, de sang.
Voici qu’en filigrane, derrière les soudards et les princes (c’est tout comme), on devine la vie précaire, torturée, misérable, de populations entières vouées à la guerre, au meurtre, à la rapine, au viol, au massacre, à la faim, au froid, à l’insécurité, à la honte...
Oui, il faut "voir" et "vivre" l’histoire de Franchimont, évoquée avec l’aide des techniques d’aujourd’hui. Pour sentir, à travers les temps écoulés, la solidarité qui nous lie encore à cet homme d’un passé pas si lointain encore, et pour trouver dans les excès du temps une préfiguration des drames d’aujourd’hui.
Non pour pleurer ou baisser la tête. Mais pour prendre confiance malgré tout dans cette humanité qui, à toutes les étapes, a su trouver tant d’héroïsme, d’intelligence et de vertu qu’elle a pu dominer les forces du mal et avancer, quand même...

Un coup d’oeil en arrière en grimpant la muraille : la végétation est partout.
Au détour d’un sentier
La description de Franchimont faite ci-dessus a de quoi laisser perplexe. D’autant qu’elle ne correspond pas à la première impression que peut laisser de nos jours la visite des restes de ce château.
C’est au hasard d’une promenade dans les environs boisés de Theux (Tectis en latin) que le château vous apparaîtra. Magnifique tache ocre sur le fond vert sombre de la forêt, vous ne pourrez plus en détacher vos yeux. A plusieurs kilomètres de distance, il vous parlera et vous attirera à lui. Ses vieux murs semblent faits de chaleur et vous n’aurez qu’une envie : vous plonger dans son intimité.
Ne faites pas l’erreur de vous y rendre en voiture. Garez-vous au pied de la colline, près de l’école Saint Roch, et montez par le petit sentier qui grimpe derrière les bâtiments scolaires. Vous découvrirez ainsi quelques détails invisibles de la route et verrez apparaître le château par bribes à travers les feuillages.
Une fois à l’intérieur des murs, faites-en plusieurs fois le tour pour ne rien rater de l’endroit. Les fouineurs descendront dans le caves (extrèmement bien conservées) tandis que les plus rêveurs resteront sur les remparts à contempler le paysage sublime en se plongeant intérieurement dans l’époque où celui-ci n’était composé que de forêts touffues...

Les fours sont aujourd’hui en plein air, mais ont peut encore y faire du feu.
Olivier Vidick