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Dossier Celtes : De Bello Gallico (1/3) - Livre V, 26 - 37.
Ecrit par :Mab Taran 03-11-2007
Dans le cadre du dossier Celtes, il nous a paru utile de publier le récit fait par César de ses campagnes contre les Belges, et contre les Éburons en particulier. Trois périodes distinctes s'y attachent, dont nous avons choisi de nous servir pour déterminer le découpage de cette série de mises en ligne. Peu d'illustrations : le texte parle de lui-même.

 


Révolte des Éburons

[5,26]

(1) On était arrivé dans les quartiers depuis environ quinze jours, lorsqu'un commencement de révolte soudaine et de défection éclata, à l'instigation d'Ambiorix et de Catuvolcos. (2) Après être allés, jusqu'aux limites de leur territoire, au-devant de Sabinus et de Cotta, et leur avoir même porté des vivres dans leurs quartiers, séduits ensuite par des envoyés du Trévire Indutiomaros, ils soulevèrent le pays, tombèrent tout d'un coup sur ceux de nos soldats qui faisaient du bois, et vinrent en grand nombre attaquer le camp. (3) Les nôtres prennent aussitôt les armes et montent sur le rempart ; la cavalerie espagnole est envoyée sur un autre point : nous obtenons l'avantage dans ce combat ; et les ennemis, désespérant du succès, s'éloignent, abandonnant l'attaque. (4) Alors, ils demandent, en poussant de grands cris, selon leur coutume, que quelques-uns des nôtres viennent en pourparlers, voulant les entretenir d'objets d'un intérêt commun qui, selon qu'ils l'espéraient, pourraient terminer les différends.

Ruse d'Ambiorix

[5,27]

(1) On envoie pour les entendre C. Arpinéius, chevalier romain, ami de Q. Titurius, et un espagnol nommé Q. Junius, qui avait déjà rempli près d'Ambiorix plusieurs missions de la part de César. Ambiorix leur parle ainsi : (2) "II sait qu'il doit beaucoup à César pour les bienfaits qu'il en a reçus ; c'est par son intervention qu'il a été délivré du tribut qu'il payait jusqu'alors aux Atuatuques, ses voisins ; il lui doit également la liberté de son fils et du fils de son frère lesquels, envoyés comme otages aux Atuatuques, avaient été retenus dans la captivité et dans les fers. (3) Aussi, n'est-ce ni de son avis, ni par sa volonté qu'on est venu assiéger le camp des Romains : la multitude l'y a contraint ; telle est en effet la nature de son autorité que la multitude n'a pas moins de pouvoir sur lui que lui sur elle. (4) Au reste, son pays ne s'est porté à cette guerre que dans l'impuissance de résister au torrent de la conjuration gauloise : sa faiblesse le prouve suffisamment, car il n'est pas si dénué d'expérience qu'il se croie capable de vaincre le peuple romain avec ses seules forces ; (5) mais il s'agit d'un projet commun à toute la Gaule. Ce même jour est fixé pour attaquer à la fois tous les quartiers de César, afin qu'une légion ne puisse venir au secours d'une autre légion ; (6) il était bien difficile à des Gaulois de refuser leur concours à d'autres Gaulois, surtout dans une entreprise où il s'agissait de recouvrer la liberté commune. (7) Après avoir satisfait à ses devoirs envers sa patrie, il a maintenant à remplir envers César ceux de la reconnaissance. II avertit, il supplie Titurius, au nom de l'hospitalité, de pourvoir à son salut et à celui de ses soldats. (8) De nombreuses troupes de Germains ont passé le Rhin ; elles arriveront dans deux jours. (9) C'est à nous, Romains, de décider si nous ne voulons pas, avant que les peuples voisins puissent en être informés, retirer les soldats de leurs quartiers, pour les joindre à ceux ou de Cicéron ou de Labiénus dont l'un est à la distance d'environ cinquante mille pas, et l'autre un peu plus éloigné. (10) II promet, il fait le serment de nous livrer un libre passage sur ses terres ; (11) en le faisant, il croit tout à la fois servir son pays, que notre départ soulagera, et reconnaître les bienfaits de César." Après ce discours, Ambiorix se retira.

Discussions au camp romain. Sabinus et Cotta

[5,28]

(1) Arpinéius et Junius rapportent ces paroles aux deux lieutenants. Tout à coup troublés par cette révélation, ils ne crurent pas, quoique l'avis leur vînt d'un ennemi, devoir le négliger. Ce qui les frappa le plus, c'est qu'il était à peine croyable que la nation faible et obscure des Éburons eût osé d'elle-même faire la guerre au peuple romain. (2) Ils soumettent donc l'affaire à un conseil ; elle y excita de vifs débats. (3) L. Aurunculéius, ainsi que plusieurs tribuns militaires et centurions des premiers rangs, furent d'avis "de ne rien faire imprudemment, et de ne point quitter les quartiers (4) sans l'ordre de César. Ils observèrent que, quelque nombreuses que fussent les troupes des Germains, ils pouvaient leur résister dans leurs quartiers retranchés ; le combat de la veille le prouvait assez, puisqu'ils avaient vigoureusement. soutenu le choc des Barbares et leur avaient blessé beaucoup d'hommes. (5) On ne manquait pas de vivres ; pendant la défense, il viendrait du secours et des quartiers les plus proches et de César : (6) enfin était-il rien de plus imprudent ou de plus honteux que de prendre, pour les plus grands intérêts, conseil de l'ennemi ?"

[5,29]

(1) Titurius s'éleva contre cette opinion et répondit avec force "qu'il serait trop tard pour agir, lorsque les troupes ennemies se seraient accrues de l'adjonction des Germains, ou que les quartiers voisins auraient reçu quelque échec : il ne reste qu'un moment, qu'une occasion pour sauver l'armée : (2) César est vraisemblablement parti pour l'Italie : autrement les Carnutes n'auraient pas osé tuer Tasgétios, ni les Éburons, s'il était dans la Gaule, attaquer notre camp avec tant de mépris. (3) Il considère l'avis en lui-même et non l'ennemi qui le donne ; le Rhin est proche, les Germains ont un vif ressentiment de la mort d'Arioviste et de nos précédentes victoires : (4) la Gaule est en feu : elle supporte impatiemment tous les outrages qu'elle a subis sous la domination du peuple romain, et la perte de son ancienne gloire militaire. (5) Enfin, qui pourrait se persuader qu'Ambiorix en vienne, sans être bien instruit, à donner un tel avis ? (6) Son opinion est, de toute manière, la plus sûre : s'il n'y a rien à craindre, ils joindront sans danger la plus proche légion ; si toute la Gaule s'est unie aux Germains, il n'y a de salut que dans la célérité. (7) Quel serait le résultat de l'avis de Cotta, et des autres opposants ? En le suivant, si le péril n'est pas instantané, on a certainement, après un long siège, la famine à redouter".

[5,30]

(1) Après cette dispute de part et d'autre, comme Cotta et les principaux centurions soutenaient vivement leur avis : "Eh bien ! qu'il soit fait comme vous le voulez," dit Sabinus ; et élevant la voix, pour être entendu d'une grande partie des soldats. (2) "Je ne suis pas, reprit-il, celui de vous que le danger de la mort effraie le plus ; s'il arrive quelque malheur, on saura vous en demander compte ; (3) tandis que, si vous le vouliez, réunis dans deux jours aux quartiers voisins, nous soutiendrions avec eux les chances communes de la guerre, et nous ne serions pas, loin de nos compagnons et tout à fait isolés, exposés à périr par le fer ou par la faim".

L'abandon du camp est décidé

[5,31]

(1) On se lève pour sortir du conseil ; les soldats entourent les deux lieutenants et les conjurent "de ne pas tout compromettre par leur division et leur opiniâtreté : (2) tout est facile, soit qu'on demeure, soit qu'on parte, si tous partagent et approuvent le même avis ; mais la dissension ne peut laisser aucun espoir." (3) Le débat se prolonge jusqu'au milieu de la nuit. Enfin, Cotta ébranlé se rend ; l'avis de Sabinus l'emporte. (4) On annonce le départ pour le point du jour : le reste de la nuit se passe à veiller ; chaque soldat visite son bagage, pour savoir ce qu'il emportera ou ce qu'il sera contraint de laisser de ses équipements d'hiver. (5) Il semble qu'on ne néglige rien pour ne pouvoir rester sans danger et pour ajouter au péril de la retraite celui de l'opérer avec des soldats affaiblis par la fatigue et la veille. (6) C'est dans cet état qu'on sort du camp à la pointe du jour, avec la persuasion que l'avis donné par Ambiorix l'était non par un ennemi, mais par l'ami le plus sûr ; on se met en marche sur une longue file, avec un nombreux bagage.

Massacre de l'armée romaine

[5,32]

(1) Mais les ennemis, avertis du départ de nos soldats par le bruit et le mouvement de la nuit, avaient, en se partageant en deux corps, formé une embuscade dans leurs forêts, dans un lieu caché et favorable à leur dessein, à deux mille pas environ ; et ils attendaient l'arrivée des Romains. (2) Quand la plus grande partie de nos troupes se fut engagée dans une vallée profonde, ils se montrèrent tout à coup à l'une et à l'autre de ses issues, attaquèrent l'arrière-garde, arrêtèrent l'avant-garde, et engagèrent le combat dans la position la plus désavantageuse pour nous.

[5,33]

(1) Alors Titurius, en homme qui n'avait pourvu à rien, se trouble, court ça et là, et dispose les cohortes ; mais ses mesures sont timides, et tout semble lui manquer à la fois, comme il arrive d'ordinaire à ceux qui, dans le moment même de l'action, sont forcés de prendre un parti. (2) Mais Cotta qui avait pensé au danger de se mettre en marche, et qui, pour cette raison, s'était opposé au départ, n'omettait rien de ce qu'exigeait le salut commun, remplissant à la fois le devoir de général en dirigeant et exhortant les troupes, et celui de soldat en combattant. (3) Comme, à raison de l'étendue de l'armée, les lieutenants pouvaient moins facilement tout faire par eux-mêmes, et pourvoir aux besoins de chaque point, ils firent publier l'ordre d'abandonner les bagages et de se tenir en cercle ; (4) résolution qui, bien qu'elle ne fût pas répréhensible dans cette conjoncture, eut cependant un effet fâcheux ; (5) car elle diminua la confiance de nos soldats et donna au contraire plus d'ardeur aux ennemis, qui prirent cette disposition pour l'indice d'une grande terreur et du désespoir. (6) Il en résulta en outre un inconvénient inévitable ; c'est que partout les soldats s'éloignaient des enseignes pour courir aux bagages, afin d'y prendre et d'en retirer chacun ce qu'il avait de plus cher ; on n'entendait que cris et gémissements.

[5,34]

(1) Les Barbares au contraire ne manquèrent pas de prudence : car leurs chefs firent publier dans toute l'armée, "qu'aucun ne quittât son rang ; que tout ce que les Romains auraient abandonné serait la proie réservée au vainqueur ; que tout dépendait donc de la victoire." (2) Les nôtres ne leur étaient inférieurs ni en valeur ni en nombre ; quoique abandonnés de leur chef et de la Fortune, ils plaçaient encore dans leur courage tout l'espoir de leur salut ; et chaque fois qu'une cohorte se portait sur un point elle y faisait un grand carnage. (3) Ambiorix s'en aperçut et fit donner à tous les siens l'ordre de lancer leurs traits de loin, de ne point trop s'approcher et de céder sur les points où les Romains se porteraient vivement : (4) la légèreté de leur armure et l'habitude de ce genre de combat les préserveraient de tout péril : ils ne devaient attaquer l'ennemi que lorsqu'il reviendrait aux drapeaux.

[5,35]

(1) Cet ordre fut très fidèlement exécuté ; lorsqu'une cohorte sortait du cercle pour charger l'ennemi, il s'enfuyait avec une extrême vitesse. (2) Cette charge laissait nécessairement notre flanc à découvert, et c'était là que se dirigeaient aussitôt les traits. (3) Puis, quand la cohorte revenait vers le point d'où elle était partie, elle était enveloppée à la fois par ceux qui avaient cédé et par ceux qui s'étaient postés près de nos flancs. (4) Voulait-elle tenir ferme, sa valeur devenait inutile, et ne pouvait la garantir, serrée comme elle l'était, des traits lancés par une si grande multitude. (5) Toutefois, malgré tant de désavantages et tout couverts de blessures, nos soldats résistaient encore ; une grande partie du jour était écoulée, et ils avaient combattu depuis le point du jour jusqu'à la huitième heure, sans avoir rien fait qui fût indigne d'eux. (6) Alors T. Balventio, qui, l'année précédente, avait commandé comme primipile, homme brave et considéré, a les deux cuisses traversées par un javelot. (7) Q. Lucanius, du même grade, est tué en combattant vaillamment pour secourir son fils qui était enveloppé : (8) le lieutenant L. Cotta, allant de rang en rang pour animer les cohortes, est blessé d'un coup de fronde au visage.

[5,36]

(1) Effrayé de ce désastre, Q. Titurius, ayant de loin aperçu Ambiorix qui animait ses troupes, lui envoie son interprète Cn. Pompée pour le prier de l'épargner lui et ses soldats. (2) À ce message, Ambiorix répond : "Que si Titurius veut conférer avec lui, il le peut ; qu'il espère obtenir de l'armée gauloise la vie des Romains ; qu'il ne serait fait aucun mal à sa personne et qu'il engage sa foi en garantie." (3) Titurius communique cette réponse à Cotta blessé, et lui propose, s'il y voit de l'avantage, de sortir de la mêlée, et d'aller conférer ensemble avec Ambiorix : il espère en obtenir le salut de l'armée et le leur. (4) Cotta proteste qu'il ne se rendra point auprès d'un ennemi armé, et persiste dans ce refus.

[5,37]

(1) Sabinus ordonne aux tribuns des soldats et aux centurions des premiers rangs qu'il avait alors autour de lui, de le suivre. Arrivé près d'Ambiorix, il en reçoit l'ordre de mettre bas les armes ; il obéit, et ordonne aux siens de déposer les leurs. (2) Pendant qu'ils discutent les conditions dans un entretien qu'Ambiorix prolonge à dessein, Sabinus est peu à peu enveloppé, et mis à mort. (3) Alors les Barbares, poussant leurs cris de victoire, se précipitent sur nos troupes et les mettent en désordre. (4) Là fut tué les armes à la main L. Cotta, avec la plus grande partie des soldats romains. Le reste se retira dans le camp d'où l'on était sorti. (5) Un d'entre eux, L. Pétrosidius, porte-aigle, pressé par une multitude d'ennemis, jeta l'aigle dans les retranchements et périt devant le camp, en combattant avec le plus grand courage. (6) Les autres y soutinrent avec peine un siège jusqu'à la nuit, et, cette nuit même, dans leur désespoir, ils se tuèrent tous jusqu'au dernier. (7) Quelques-uns, échappés du combat, gagnèrent, par des chemins détournés à travers les forêts, les quartiers du lieutenant T. Labiénus, et l'instruisirent de ce désastre.




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