À quelques centaines de mètres du village et de l'actuel sanctuaire, d'importantes campagnes de fouilles ont été menées sur le site de l'ancienne église de Froidlieu. Mais, plus que le temple lui-même, c'est son cimetière, s'étendant sur plus de 2.000 m², qui a retenu l'attention des archéologues. Les premiers enfouissements identifiés remontent à l'époque mérovingienne.

Le site de l'ancienne église de Froidlieu, à quelques centaines de mètres du village et de son actuel sanctuaire, qu'il domine au sommet d'une colline caractéristique de la Calestienne, a toujours intrigué les archéologues. Depuis 1966, plusieurs campagnes de fouilles successives ont été menées par le service d'archéologie de la Région wallonne (Namur et d'Arlon), en collaboration avec la commune de Wellin et les Naturalistes de la Haute-Lesse.

En octobre 2006, le site devrait avoir retrouvé sa quiétude (en attendant, peut-être, un aménagement "touristique"). Encore un peu de temps, ensuite, et les ultimes travaux en laboratoire seront en mesure de réaliser la synthèse des fouilles, de déterminer leurs apports à notre connaissance du passé dans un domaine peu, voire pas, exploré à ce jour.
LE CIMETIÈRE, SURTOUT
Car c'est bien de ça dont il s'agit : "En Belgique, aucune fouille de cimetière rural moyenâgeux n'a été réalisée à ce jour, commente Philippe Mignot, l'archéologue superviseur. On estimait que ça ne pouvait rien apporter, vu la rareté des objets enfouis permettant une datation précise, les modifications subies par le terrain etc. Ici, le cas était différent : nous pouvions exploiter une surface n'ayant jamais été amputée par de nouvelles constructions. Et l'on s'aperçoit qu'il existe quand même un schéma d'organisation, qu'il est possible de distinguer les tombes d'époques différentes selon leurs caractéristiques (position des corps, répartition dans l'espace etc.). Une logique apparaît".

Exploration d'un cimetière, donc, davantage que du bâtiment de l'église et bien que les plans successifs de celle-ci - dont il ne reste plus qu'un tronçon de tour et des murs arasés - aient été dressés.
Car s'il est établi que l'endroit est devenu lieu de sanctuaire depuis le VIIIème siècle au moins, le fait est que son érection et ses modifications successives ont été effectuées sur le site d'un cimetière mérovingien. Ce qui nous ramène à la moitié du VIème siècle.

Notez l'orientation sud de la carte, une convention surprenante de nos jours, mais qui fut longtemps de mise
PRÉCÉDENTS
En 1884, dans les parages de la butte, treize tombes mérovingiennes sont mises à jour à l'occasion d'une extraction de pierres. Jean Godelaine, s'y intéresse pour le compte de la Société archéologique de Namur. Il le mentionne dans ses carnets de fouilles. Plusieurs tombes sont ouvertes, alors.

Et là, nos modernes archéologues ne lui disent pas forcément merci : travaillant dans l'esprit de l'époque, ou il s'agissait davantage de remplir les musées qu'étudier un lieu selon tous ses aspects, Godelaine (si c'est bien lui) s'est limité à vider les - rares - sépultures contenant mobilier, armes ou autres objets : sur les 950 tombes fouillées au moyen des techniques modernes et dans l'esprit qui va de pair, quelques unes seulement, situées à proximité des "fouilles" du XIXème, ont délivré un matériel significatif.

Ceci étant, Dasnoy, plus tard et sur base des travaux de Godelaine, a pu reconstituer le mobilier de quatre tombes intactes, dont une de la fin du VIIème siècle.
Grave ? Pas trop. Car, on l'a vu, l'objectif de Philippe Mignot et de son équipe est, surtout, ailleurs.
ÉVOLUTION D'UNE POPULATION
Question pour un champion : 950 tombes, entre le milieu du VIème siècle et celui du XVIIIème, ça nous fait une communauté de quelle importance ?

Philippe Mignot reste prudent : "De la communauté primitive, on a retrouvé une quinzaine de tombes ; ce qui, compte tenu des réemplois et des creusements anarchiques permet de faire une projection de 30 à 50 enterrements. Nous nous trouvons donc en présence d'une petite communauté. Deux ou trois familles. A partir des IXème et Xème siècles, la communauté s'agrandit. Mais en 1640 la Guerre de Trente ans vide le village de ses habitants pendant une dizaine d'années. Autant de mouvements cycliques parmi d'autres, qui rendent l'évaluation de la population difficile, en l'absence de registres avant le XVIIème siècle. Le travail de laboratoire, l'étude à proprement parler, va sans doute permettre d'affiner tout ça. Mais une telle évaluation comportera forcément une bonne partie de projections".