Le passage de Guillaume Apollinaire dans l'Est de la Belgique l'a marqué autant qu'il a marqué. En témoigne ce poème, dédié aux fagnes dont il fut un pèlerin assidu.

Fagnes de Wallonie
Tant de tristesses plénières
Prirent mon coeur aux Fagnes désolées
Quand, las, j'ai reposé dans les sapinières
Le poids des kilomètres pendant que râlait
Le vent d'Ouest.
J'avais quitté le joli bois ;
Les écureuils y sont restés.
Ma pipe essayait de faire des nuages
Au ciel
Qui restait pur obstinément
Je n'ai confié aucun secret sinon une chanson énigmatique,
Aux tourbières humides.
Les bruyères fleurant le miel
Attiaient les abeilles ;
Et mes pieds endoloris
Foulaient les myrtilles et les airelles
Tendrement mariées.
Nord,
Nord !
La vie s'y tord
En arbres forts,
Et tors.
La vie y mord
La mort
A belles dents
