C'est à Ottré (Vielsalm) lors des combats pour la reprise de Langlîre et Petite-Langlïre que Tony Vaccaro a pris l'une des photos les plus célèbres de la Deuxième Guerre : “ The White Death „ - “ La Mort Blanche „ - photo-requiem pour un soldat mort qui s'appelait Henry Tannenbaum.
Le 11 janvier 1945, la reconquête du terrain perdu lors de l'assaut allemand bat son plein. Mais : “ D'infimes îlots de résistance, perdus dans la neige et le brouillard, allaient se révéler d'une efficacité hors de proportion avec leur puissance de feu pour freiner l'avance américaine „1
Quelquefois, comme dans la région de Langlire, des renforts sont acheminés. Six cents hommes, âgés et peu entraînés, appartenant à la 12ème Volksgrenadierdivision auront ainsi juste le temps de s'enterrer aux côtés d'îlots tenus par les SS avant que se déchaîne une préparation d'artillerie d'une violence extrême : “ à quinze reprises, treize bataillons – c'est-à-dire cent cinquante-six canons – vont labourer cette région „2 où le général commandant la 83ème division d'infanterie US “ Thunderbolt „ lance les 331ème et 329ème régiments à l'assaut sur le coup de 22 heures.
Alors qu'ils viennent de franchir la crête qui domine Langlire, au sortir d'Ottré, les fusiliers de la compagnie F (deuxième bataillon du 331ème régiment) tombent dans une embuscade meurtrière : dépourvus de vêtements de camouflage, un feu croisé de mitrailleuses les fauche “ comme des lapins „ (sic) dans le champ de neige. Lorsque le feu cesse, la plupart des hommes de la compagnie sont morts ou blessés.
Miraculeusement indemne, le sergent Harry Shoemaker va échapper une deuxième fois à la mort et devenir le seul témoin US du contact. Quittant les positions allemandes, quelques SS ont en effet entrepris de dépouiller les cadavres, et achèvent les blessés à coups de fusils avant de poursuivre leur macabre besogne.
Vers deux heures du matin, le 12 janvier 1945, il arrive au QG du bataillon où Tony Vaccaro est de garde. Incorporé à 21 ans, Tony n'a pu rejoindre le “ Signal Corps „ comme il le souhaitait : l'armée avait alors davantage besoin de fusiliers que de photographes. Ce qui ne va pas l'empêcher, avec l'accord de ses supérieurs, de devenir le photographe officieux du bataillon et, par la suite, l'un des plus célèbres de la Deuxième Guerre. Sans doute parce qu'il montait à l'assaut avec ses Frères d'Arme et développait généralement ses photos dans un casque, le fusil à portée de main.
TONY VACCARO RACONTE “ THE WHITE DEATH „*
Vers 6 heures, il accompagne une escouade sur les lieux du drame. Je l'ai rencontré, le 22 juin 2002, lors de l'inauguration du mémorial dédié aux victimes de l'embuscade. 
Par quelle démarche créative êtes-vous arrivé à “ La Mort Blanche „, l'une des photos les plus célèbres de la guerre ?
Quand nous avons quitté la forêt de Hürtgen pour Rochefort, j'ai pensé que la guerre allait être bientôt finie. Que c'était le dernier sursaut des Allemands. Je me suis alors demandé quelle photo je n'avais pas encore faite, et j'ai pensé à réaliser une sorte de monument photographique pour un soldat mort.
Une jolie photo, dites-vous ?
Oui. Il fallait que ce soit une photo très esthétique. Vous savez, nous sommes conditionnés à ce que l'art, et donc la photo, soit beau. La mort est laide, mais un monument ne peut pas être laid.
Dans quelles conditions avez-vous finalement réalisé cette photo-mémorial, à Ottré ?
Quand je suis arrivé sur place, j'ai vu les morts. J'ai cherché à les identifier. C'est ce que j'ai voulu faire quand je suis arrivé à ce soldat. Je m'apprêtais à aller vers lui, mais je me suis dit qu'il ne fallait plus avancer. Il ne fallait pas qu'il y ait de pas dans la neige : cette photo allait être un véritable requiem pour un soldat.
C'est donc ensuite que vous l'avez reconnu ?
Oui, j'ai pris la photo, et c'est seulement ensuite que je suis allé voir qui était cet homme. C'était Henry Tannenbaum, mon ami.
Cette photo a fait le tour du monde ?
C'est vrai. Mon travail est considéré comme l'un des meilleurs sur la guerre en Europe. Et cete photo, ce requiem, a fait le tour du monde. “ Die Zeit „, un journal allemand, a écrit que “ The White Death „ était la meilleure photo de la Seconde Guerre mondiale, et même du siècle.
Comment jugez-vous votre démarche, soixante ans plus tard ?
J'ai rendu témoignage. Je me sens bien, par rapport à cette photo et à mon travail de photographe durant la guerre.