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La gentiane des marais
Ecrit par :Luc Lemoine 24-07-2010
La gentiane des marais

Tel un éclair bleu abyssal, habillé de vert, la gentiane appartient à la famille des Gentianacées, Elles doivent leur nom à Gentios, un roi d'Illyrie qui aurait découvert leurs propriétés médicinales. Les propriétés médicinales de la racine séchée de gentiane ont été utilisées contre le manque d'appétit et les maux d'estomac.

Les gentianes sont jaunes, rougeâtres, lilas ou bleues. Celle de notre Haut Plateau, la Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe L.) retiendra notre attention. Son nom, qui signifie "gentiane fleur des poumons" (du grec pneumon, "poumon", et anthos, "fleur") rappelle qu'elle a jadis été utilisée pour soigner les affections des poumons. Les Allemands aussi la nomment Lungen-Enzian ("gentiane des poumons"), alors que les néerlandophones l'appellent Klokjesgentiaan ("gentiane à clochettes"). Pour les Wallons (de Malmedy), elle est tout simplement lu janciane ou en’ziân (terme où l'on retrouve l'influence d'un siècle de germanisation prussienne). Elle est tonique amère et fébrifuge, contenant du chicotin.

A quoi ressemble-t-elle ?

C’est une plante de taille très variable (de 5-10 jusqu'à 50-60 cm), à tiges feuillées dressées. Ses feuilles inférieures sont réduites à des écailles et ses feuilles caulinaires opposées, sessiles et plus ou moins soudées à leur base ; ovales-allongées, étroites, obtuses au sommet, plus ou moins enroulées sur les bords, et à une seule nervure visible.

Longues de 3 à 6 cm de longueur, ses corolles à cinq lobes, sortes d'entonnoirs bleu vif striés de vert a l'extérieur, ne s'ouvrent bien souvent qu'au soleil. La description scientifique donne plutôt : calice en cloche, à 5 sépales (rarement 4) étroits ; corolle bleue, en cloche allongée, sans écailles à la gorge, à 5 (rarement 4) lobes ovales-aigus, étalés ou dressés ; 5 étamines à anthères soudées ; 2 stigmates en crosse et 2 carpelles soudés ; fruit = une capsule.

La beauté de la Gentiane pneumonanthe lui vient de ses fleurs, qui s'épanouissent de juillet à octobre. Après fécondation (par l'intermédiaire d'insectes ou par autopollinisation si ces visiteurs font défaut), ce joyau se transformera en une capsule sèche, de forme ellipsoïde, à graines nombreuses. La Gentiane pneumonanthe affectionne tout particulièrement les prairies qui n'ont pas reçu d'engrais et les bruyères marécageuses, les landes plus ou moins humides ou tourbeuses sur sols argileux ou limoneux ; aussi dans les coupes forestières humides envahies par la Molinie (Molinia caerulea photo ci-dessous).

C’est une espèce héliophile, supportant mal l'ombrage et la fermeture du milieu ; on comprend donc qu'elle se plaise dans les Hautes Fagnes, mais elle croit aussi dans toute l'Eurasie tempérée ou froid. En Europe, présente jusque dans le sud de la Scandinavie, mais rare ou absente dans le sud et le sud-est (Région méditerranéenne), où elle n'est présente qu'en montagne (Monts Cantabriques, Pyrénées, Alpes, Apennins, Balkans) ; présente également en Europe orientale, en Russie, dans le Caucase, les montagnes d'Asie centrale, et en Sibérie.

On peut la rencontrer, mais assez rarement, en Campine et en Haute Ardenne. Elle est plus rare en Flandre et il ne faut guère espérer la découvrir que très épisodiquement dans d'autres régions de notre pays. Elle a fortement régressé dans le secteur mosan (il n'en resterait qu'une localité sur dix) et elle a disparu de l'Ardenne centrale. Cette plante spectaculaire est souvent cueillie ; mais les principales menaces sont celles qui pèsent sur les milieux, comme le drainage des zones humides, mais aussi l'abandon des pratiques anciennes de gestion des prairies humides : une coupe régulière en automne peut empêcher le développement de la strate ligneuse basse qui élimine rapidement la Gentiane, mais inversement des coupes trop précoces, ou des coupes répétées, peuvent aussi l'éliminer.

Les feuilles et fleurs peuvent être blanchies et servies en légumes (attention toutefois à son amertume), ou ses racines en dessert comme pour la "Gentiane jaune".


Note :

- ARNAL G., 1996. Les Plantes protégées d'Ile-de-France. Collection Parthénope - Editions Biotope, Paris. 349 p.
- BOLOS O. (de), VIGO J., 1984. Flora dels països catalans. Barcino, Barcelone.
- BONNIER G., réédition 1990. La grande flore en couleurs de Gaston Bonnier. France, Suisse, Belgique et pays voisins. 4 tomes. Editions Belin, Paris. 1401 p.
- BOURNERIAS M., ARNAL G., BOCK C., 2001. Guide des groupements végétaux de la région parisienne. Nouvelle édition illustrée. Editions Belin, Paris. 640 p.
- HULTEN E., FRIES M., 1986. Atlas of North European vascular plants : north of the Tropic of Cancer. 1 atlas, 3 volumes. Koeltz Scientific Books, Königstein, Federal Republic of Germany.
- RAMEAU J.-C., MANSION D., DUME G., 1993. Flore forestière française, guide écologique illustré, tome 2 : Montagnes. Ministère de l’Agriculture et Institut pour le développement forestier, Paris. 2421 p.

Source :
  • http://fr.wikipedia.org
  • http://cbnbp.mnhn.fr
  • http://www.biopix.eu



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