
Le Diable n'est jamais loin de la légende. Et c'est bien lui qui serait à l'origine de celle du Roc la Tour, dans la forêt domaniale de Château-Regnault dans les Ardennes...
Il était une fois un seigneur qui possédait une femme belle comme l'aurore, mais étant pauvre il se désespérait de ne pouvoir l'abriter que dans une misérable chaumière... ainsi commence la légende du ROC LA TOUR
Il avait d'ailleurs essayé de construire de ses mains, un château mais n'ayant pas hérités de ses ancêtres plus de courage que de fortune, il avait bien vite abandonné son projet. Un jour, survint un grand escogriffe qui lui annonça, pouvoir réaliser son souhait en une seule nuit et avant le chant du coq, en échange de son... âme ! C'était le diable en personne et le seigneur après une fort courte réflexion, accepta la proposition.
Et voila le diable qui se met en route et avec lui une armée de diablotins qui défrichent, hissent les énormes blocs de schistes, avec force cris et hurlements, rapidement les formes du château s'esquissent, Satan tient sa promesse, jamais pareille tour ne s'est vue sur la terre d'Ardenne. Satan éclate d'orgueil et défie le ciel, il ricane dans l'attente de l'aube prochaine... Il reste une pierre à poser ... Mais tout le vacarme a réveillé le coq d'une ferme voisine et le voila qui lance un joyeux cocorico, les manants se réveillent et sortent sur le pas de la porte, cloués par le spectacle. Le diable d'un coup de pied rageur, en une seconde, a brisé l'oeuvre de la nuit, il détale, empeste la vallée de son odeur de souffre. Les blocs de pierre roulent dans un bruit de tonnerre comme une avalanche et ne reste, au sommet, que les assises du château en un étrange chaos, celui-la même que vous pouvez encore aujourd'hui admirer sur le site du ROC LA TOUR.
D'après une autre version, le diable dominait aux temps jadis sur toute la basse Semoy. Il y avait des forteresses sur le Liry, le Fay, le Roc de la Tour, et terrorisait le pays : ce diable désigne sans doute quelque méchant sire d'Haulmé. Un jour, vint un pèlerin qui lui demanda le gite et la nourriture : "Audacieux !" lui crie le diable, "que viens-tu faire sur mes terres ? Ignores tu qui je suis ?". "Ta colère est vaine" répondit le pèlerin, "je ne te crains pas ! et pour te prouver ma supériorité, faisons un pari. Tu vas dresser des quilles sur cette montagne (le Roc la Tour) et nous verrons qui sera vainqueur de la partie...".
Le diable consentit, de mauvaise grâce : les quilles furent placées sur le Roc la Tour, et les deux joueurs se postèrent sur le Fay juste en fac. Belzébuth saisit sa boule, une énorme boule de quartz, ajusta et lança. Mais la boule alla piteusement rouler dans la Semoy. C'est aujourd'hui la "Roche des Diables", appelée aussi le Roche du Tombeau. Le pèlerin abattit, lui, d'une main sûre toutes les quilles et mit en miettes le Château du Diable édifié sur le Roc la Tour. Satanas reconnut Jésus-Christ et détala prestement, en laissant une odeur de soufre...
Deux masses rocheuses, dressées non loin l'une de l'autre en un improbable équilibre, dominent la vallée de Semoy… et forment les débris du château Roc la Tour. Y eut-il jamais château ici ? Rien n'est moins sûr. Mais quand la légende est devenue réalité, il faut écrire la légende.