
Bien et mal dans le temps balancent tout ensemble. Si l'on vous a fait mal, oubliez la vengeance : dans l'herbe sur la berge attendez le passage, flottant au gré des eaux, des restes du bourreau.
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Il était une fois un roi empreint d'un très vif sentiment de justice. Ainsi n'admettait-il pas le droit d'aînesse et se déclarait-il bien résolu à déroger à la tradition. Aussi, la reine lui ayant donné trois fils, était-il fort embarrassé pour le règlement de son héritage. Car il considérait par ailleurs sagement qu'il était hasardeux de diviser son royaume en trois parts, connaissant que de tels partages ont toujours de funestes conséquences.
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Un jour qu'il se promenait solitaire, en proie à une grande agitation en pensant à sa succession, le roi eut l'esprit traversé par une heureuse inspiration. De retour en son palais il fit rassembler ses trois fils sur le champ, et leur dit : "Celui qui rapportera la Rose Pimprenelle aura la couronne !" Déconcerté, chacun s'en fut de son côté.

Les princes errèrent ainsi à travers tout le continent, des bords de la Baltique aux marais d'Allemagne, des pics des Pyrénées jusqu'aux vallées des Alpes, et du port de Marseille aux côtes d'Armorique, où chacun espéra en vain découvrir la fleur au pied d'un dolmen ou d'un calvaire. Ils ressentaient tous trois, loin l'un de l'autre, un même découragement.
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Or il advint qu'ayant longtemps cheminé le destin les rassembla, pâles et en haillons, au sein d'une forêt noire et sauvage comme ils n'en avaient jamais vue. C'était la forêt d'Ardenne.
Le premier rencontra une vieille femme, qui n'arrivait pas à porter son fagot. La vieille lui dit : "Où vas-tu beau garçon ? Tu as l'air bien pressé." "Laisse-moi passer, vieille femme !" lui répondit-il méchamment. "Ah, je vois que tu es à la recherche de la Rose Pimprenelle. Eh bien, tu auras beau faire : même si tu la cherches partout, tu ne la trouveras pas !"
Un peu plus tard, le deuxième fils rencontra la même vieille dame qui lui dit : "Beau garçon, veux-tu m'aider à mettre ce fagot sur mon dos ?" "Passe ton chemin vieille sorcière, j'ai autre chose à faire !" grogna-t-il. "Ah, je vois que tu es à la recherche de la Rose Pimprenelle. Eh bien, tu auras beau faire : même si tu la cherches partout, tu ne la trouveras pas !"
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A son tour, le troisième fils rencontra la vieille femme qui l'interpella de même : "Beau garçon, veux-tu m'aider à mettre ce fagot sur mon dos ?" "Mais bien sûr grand-mère. Et je vais même le porter jusqu'en votre maison : ce fagot est bien trop lourd pour vos épaules !" dit le jeune homme. "Ah, je vois que tu es à la recherche de la Rose Pimprenelle ?" "Oui, répondit-il évasivement, mais la forêt est si grande..." "Et bien je vais te renseigner. Car vois-tu je suis une fée, et j'ai pris ce déguisement pour t'éprouver. Toi seul m'as répondu gentiment, tu es bon, je vais donc te récompenser. Va dans cette direction ; près du gros chêne, au plus profond de la forêt, tu trouveras un tas de broussailles et dessous, au beau milieu, tu verras trois roses : une verte, une rouge et une blanche. Prends la blanche. C'est elle, la Rose Pimprenelle !"
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Le jeune homme remercia la vieille dame et suivît son conseil. Bientôt, il poussa un cri de triomphe, et arbora fièrement la Rose Pimprenelle. Confiant, il rejoignit ses frères, tout heureux d'avoir trouvé la fameuse fleur. Mais les deux autres, jaloux, le tuèrent et enfouirent son corps sous l'humus avant de rejoindre le château.

Le roi était marri. A qui devait-il donner sa couronne ? Et, surtout, où était son plus jeune fils, celui qu'il chérissait entre tous ?
Quelques temps passèrent. Le plus jeune garçon n'avait toujours pas reparu au château, où le roi s'étiolait.
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Un jour, un jeune berger prénommé Pierre passa dans la forêt avec son troupeau de moutons à l'endroit où les deux malfaisants avaient caché le corps de leur frère. Il vit quelque chose de blanc, qui ressemblait à un petit bâton sortant de terre. C'était un os. Il se dit qu'il pourrait en faire une flûte, et il y perça des trous.
Quelle ne fut pas sa surprise quand, soufflant aussitôt dans sa flûte improvisée et au lieu d'une mélodie, il en sortit ces paroles : " Sifflez, sifflez petit Pierre. Dans la forêt d'Ardenne, mes frères m'y ont tué. La rose Pimprenelle n'avais-je point trouvée ? La couronne à mon père n'avais-je pas gagnée ? "
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Petit Pierre s'en fût à la cour, montrer son étrange trouvaille. Là, il joua de son instrument et les mêmes paroles en sortirent.
Entendant cela, le cuisinier du château alla prévenir le roi. Petit Pierre lui raconta son aventure et lui tendit la flûte. Dès que le roi souffla dedans, il entendit : " Sifflez, sifflez mon père. Dans la forêt d'Ardenne, mes frères m'y ont tué. La rosé Pimprenelle n'avais-je point trouvée ? La couronne à mon père n'avais-je pas gagnée ? "
Entendant ces paroles, le roi fit appeler ses deux fils, leur tendit la flûte et leur demanda d'en jouer. Dès qu'ils soufflèrent dedans on entendit : " Sifflez, sifflez grands traites. Dans la forêt d'Ardenne, vous m'y avez tué. La rosé Pimprenelle n'avais-je point trouvée ? La couronne à mon père n'avais-je pas gagnée ? "
Alors le roi chassa les deux aînés à jamais du royaume, et toute la cour s'en fut en la forêt d'Ardenne où le roi demanda au jeune berger de le conduire où il avait trouvé l'os. Ils arrivèrent près du tas de broussailles. Là attendait la fée, qui par son pouvoir magique rendit la vie au jeune prince.

Celui-ci hérita du royaume, sur lequel il régna avec bienveillance et justice. Quelque temps plus tard il épousa Aurore, la fée de la forêt. Faut-il préciser qu'ils vécurent heureux, et eurent beaucoup d'enfants ? La flûte, en tous les cas, ne parla plus jamais, agrémentant alors les veillées au château quand Pierre y venait voir son vieil ami le prince.
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Bien et mal, croyez-m'en, balancent tout ensemble au gré du mouvement des choses dans le temps : laissez, laissez venir les moissons à leurs heures.