Les légendes sont plus que la mémoire d'une région, elles sont le fil conducteur d'une vie qui évolue avec le temps, qui change de vêtements sans cesser d'être elle-même à travers les modes et les époques.
Evolutives jusqu'au moment où la transcription les a souvent sauvées, mais aussi - en leur faisant quitter le domaine de la littérature orale pour celui de la littérature écrite - les a figées dans un texte, elles risquent de devenir pièces de musée. L'écrit, chez nous, est en effet une référence à laquelle on croit ne pas pouvoir toucher plus qu'à une loi. Est-ce donc la mort des légendes ? Peut-être, si l'on n'y prend garde et qu'on ne les raconte plus de manière vivante, adaptée au lieu et à l'époque, comme le faisaient les conteurs autrefois. Mais elles mourront certainement si l'on efface du paysage géographique ou humain ce qui en est le support : sites naturels, bâtiments, traditions... On le comprend aisément pour ce qui concerne les lieux physiques. C'est peut-être moins évident pour les traditions, qui vivent en symbiose avec les légendes, les expliquent en se donnant leur propre justification, les enchâssent dans une réalité - symbolique peut-être - qui leur donne tout leur sens.

Il est impératif aujourd'hui, si l'on veut pas que ce patrimoine ne se perde à tout jamais, de le laisser vivre au quotidien, en particulier dans l'imaginaire des enfants, que d'aucuns s'échinent à polluer par des fictions d'une pauvreté aussi affligeante que dénuée de racines. Mais il faut éviter aussi que le goût du lucre ne s'empare de ces traditions, comme il l'a déjà fait de certaines d'entre elles, pour une exploitation commerciale qui leur enlève toute signification.