Si l'environnement qu'elle traverse conserve une belle sauvagerie, la promenade que nous vous proposons aujourd'hui ne requiert qu'un minimum de résistance et d'équipement.Tracé dans la réserve naturelle des Hautes-Fagnes, son parcours emprunte généralement des caillebotis. Attention toutefois : ceux-ci ne sont pas une autoroute, l'état de leurs planches est variable, et la gelée les rend piégeurs.

Au départ de la Baraque Michel, allons tout d'abord rendre visite à la chapelle Fischbach, et à la Croix des Fiancés. La première est visible depuis la grand' route, sur notre droite en direction sud-ouest

Datée de 1827, elle porte le nom de Henri-Toussaint Fischbach. Celui-ci fit ériger l'oratoire, pourvu d'un fanal et d'une cloche que les habitants de la Baraque Michel avaient mission de mettre en oeuvre, en mémoire de la mésaventure de son beau-père, perdu en Fagne quelques années plus tôt. Et pour que celle-ci ne se reproduise pas.

François Reiff et Marie Solheid, les infortunés fiancés du haut-plateau, n'en furent pas sauvés pour autant. Traversant les Trôs Broulîs, dans la Grande Fagne en direction des Sarts Lehro, nous suivons la Vèkée pour aller rendre visite à la croix qui leur est dédiée.

C'est à sa fonction de limite méridionale des terres de la Principauté-Épiscopale de Liège que la voie que nous suivons doit son nom. Après avoir matérialisé ensuite la frontière entre Belgique et Prusse, le chemin constitue désormais celle entre les anciennes communes de Sart-lez-Spa (entité de Jalhay) et de Bévercé (entité de Malmédy).

Quelques foulées encore, et nous voici parvenus à la Croix des Fiancés. Héritière d'une longue lignée, elle veille sur l'endroit ou fut découvert le corps sans vie de Marie Solheid. Marquons un temps d'arrêt, voulez-vous ?

Remontant ensuite sur nos pas, l'approche du caillebotis nous fait comprendre sa raison d'être : longtemps domaine réservé de promeneurs avertis, les hautes-Fagnes sont devenues un haut lieu de tourisme de masse en toutes saisons. Leurs biotopes, fragiles, se devaient d'être mis à l'abri des dégradations inhérentes à un tel statut.

Sans doute en concevra-t-on quelques humeurs. A ce propos et à d'autres. Mais les temps ont changé, il faut bien faire avec.

Soit : revoici la grand' route. Petit crochet par la colonne du Boultè.

En bordure du grand parking de la Baraque, un nouveau caillebotis nous entraîne vers la croix du Prieur, entre la fagne des Potales et celle des Wéz autour de laquelle je vous propose d'effectuer une circambulation dextrogyre... tout est question d'énergie(s).

Un diverticule s'offre à nous, qui effectue un crochet par le Bouquet Bastin. Ce sera pour une autre fois : poursuivant vers le confluent du ruisseau de la Fontaine Périgny et d'une des sources de la Helle, nous allons croiser le tracé de la Via Mansuerisca (.pdf) .Nombre d'inconnues subsistent, quant à l'origine de cette route pavée traversant les Hautes-Fagnes et retrouvée en 1768 par des agents forestiers de Marie-Thérèse d'Autriche.

Sur notre droite, un caillebotis de largeur réduite longe un coin de pessière en bordure de Fagne Wallonne. Celle-ci, nous pouvons le constater, est un peu plus riche en bouquets d'arbres. Ils ont nom Drèlô, Oneu, Petite Oneu.

Autant de toponymes étranges, qui n'ont pu manquer d'interpeller Guillaume Apollinaire. Au point de l'inspirer.

Cher Guillaume ! As-tu suivi ce chemin, dont le coude à angle droit nous ramène vers les Wéz ? Les voici, à nouveau. Au loin, par temps clair, le regard s'enfonce en Allemagne, donnant à voir les tertes de quelques volcans éteints.

Nous avons désormais quitté les caillebotis, et le sol du coupe-feu de lisière dont nous suivons sagement le tracé donne une petite idée de ce que peut être une fagne "cloquante". En ces jours de gelée modérée, il semble rebondir sous nos pas. Et c'est bien ce qu'il fait. La mince couche de glace recouvre un sous-sol tourbeux, gorgé d'eau et de poches d'air. Un peu trop de pression là-dessus, et hop ! C'est le bain de pieds ! Dans d'autres endroit, authentique cloquantes ou tourbières, ce peut être plus grave. Voire dramatique. Nul doute que les Fagnes recèlent encore quelques cadavres anonymes.
Mais pas de panique : nous sommes ici loin du compte. D'ailleurs, nous voici bientôt revenus sur le caillebotis qui va sagement nous ramener au point de départ.
ne multitude d'autres itinéraires balisés s'offrent au promeneur, sur le haut-plateau. Chacun possédant son caractère. Nous avons choisi celui-ci, qui permet en toute facilité de découvrir plusieurs aspects de cette région aux mille visages. Culminant à 674 mètres d'altitude, exposée aux éléments, cette promenade constitue, aussi, un vivifiant bol d'air à la portée de tous.

Allez zou : une bonne jatte de café à la Baraque, là-dessus, et en route pour de nouvelles aventures. A bien vite, Pèlerin !
Caractéristiques :
Carte : Hautes Fagnes (SI, auberges fagnardes et Maisons du Tourisme)
Kilométrage : 10 km. Durée : 2 1/2 heures environ, en conditions météo potables.
Difficulté : 1/5 à 3/5 selon les conditions météo.
Pour tous.
Intérêts : paysages - petit patrimoine – histoire – flore - faune
Accès : moyens personnels ou lignes d’autobus

Note complémentaire : respectez ABSOLUMENT les directives des signalisations fagnardes. Il en va de votre sécurité, et de la conservation d'un milieu menacé tout à fait original.