Nous avons vu comment Ambiorix et ses troupes attaquent le camp d’Atuatuca. Gros plan sur un bilan, et des questions toujours sans réponse.

Au cantonnement d’Atuatuca on trouve la XIVème légion (Gemina Martia Victis) et la XIIIème légion (Gemina). Cette dernière semble avoir été, au moment des faits, amputée de la moitié de son effectif. C’est ainsi que le chiffre généralement admis est de 15 cohortes anéanties.
Si l’on se base sur l’organisation de Marius – que César va réformer - une légion se compose de 10 cohortes numérotées de I à X. Les cohortes de II à X sont composées de 6 centuries à l’effectif (quand il est complet) de 80 hommes. La I° cohorte, traditionnellement la plus prestigieuse, est pour sa part composée de 5 centuries à double effectif.

Ce qui nous donne, à effectif complet, 5.120 fantassins pour la XIVème légion, et 2.400 pour la XIIIème dans l’hypothèse suivante : contrairement à la XIVème légion, celle-ci n’a pas été reconstituée à la suite des événements qui nous occupent ; on peut donc raisonnablement supposer que sa I° cohorte se trouvait, en compagnie de quatre autres, détachée. Son Aigle les aura suivi, ou été sauvée.

Chaque légion était complétée par un corps de cavalerie disposant de 120 à 300 cavaliers. Il est présent lors du simulacre d’attaque du camp. Mais il n’en est plus question dans aucun des récits de l’embuscade. Le fait est suffisamment significatif pour nous permettre de supposer que la majeure partie de la cavalerie, sinon son entièreté, ne se trouvait pas – ou plus – sur place au moment de l’engagement.

Nous voici donc avec 7.520 bonshommes et leurs officiers. Ajoutons-y le personnel affecté au transport des bagages, quelques corps de métiers et un bon millier de mercenaires engagés dans les troupes légères de gré ou de force : le chiffre de 9.000 romains ou assimilés dans le campement nous semble raisonnable.
La dégelée
Neuf mille. Quittant le camp : « sur une longue file, avec un nombreux bagage », précise un César passablement irrité. On laissera aux légions de Rome leur discipline, et leur aptitude à la marche : cette colonne devait s’étendre sur 4 à 6 km. Attaqués dans « une vallée profonde ». Pas bien loin : « 2.000 pas environ ». Soit quelque 1.500 mètres, sur base du pas romain (0,741 m). Une distance que les légionnaires franchissent en ¼ d’heure environ, à leur train de marche normal.

Si l’on suit le récit fait par César, sur base de témoignages rapportés par des survivants épuisés à des officiers du camp de Labiénus (plus éloigné que celui de Cicéron, lequel se trouvait à 50.000 pas – 37 km), l’arrière garde et nombre d’autres Romains ne peuvent matériellement pas avoir quitté le camp, au moment de l’attaque.
De fait : « Parmi eux, le Porte-Aigle Lucius Pétrosidius, pressé par une multitude d’ennemis, jette son Aigle à l’intérieur du retranchement et se fait tuer devant le camp (…) ». À la nuit : « tous, jusqu’au dernier, désespérant de leur salut, se donnent la mort ».

Les survivants arriveront ensuite pêle-mêle chez Labiénus. Avec l’Aigle de la XIVème légion, sauvée, puisque César ne tardera pas à reformer cette unité. Ce qui n’eût pas été le cas si son Aigle avait été prise.

Autant de considérations qui nous font entrevoir le fait peu commun d’une armée romaine mal commandée, prise de panique, et dont les unités se trouvent isolées, se débandent ou se réfugient dans un camp qu’elles ne parviendront pas à tenir ensuite. L’effet de surprise a été total, les troupes d’Ambiorix particulièrement impressionnantes et disciplinées : la dégelée est de taille. C’est même LA dégelée de César en Gaule, sinon du point de vue des pertes humaines et matérielles, à tout le moins par l’impact psychologique : 15 cohortes anéanties en quelques heures, ça la fout mal.
Où ?
Soit. Tout ça ne nous dit pas où les faits se sont passés, précisément. Si l’on se fie au récit de César – basé sur des témoignages recueillis, il est vrai, dans les circonstances que l’on sait - trop d’indices ne « collent pas » avec une Atuatuca située à Tongres, ou non loin de son emplacement actuel.

La vallée du Geer, une « vallée profonde » ? Les Romains, même sous le contrecoup d’une terrible panique, même tentant de se justifier comme ils le peuvent, connaissent bien le relief de nos contrées. Ils n’ignorent pas ce que peut être une « vallée profonde ».

Alors, où ? Faut-il suivre certains historiens allemands lorsqu’ils avancent que « Atuatuca » pourrait avoir été un terme générique, désignant un campement – refuge ? Et qui cherchent le lieu du désastre plus à l’Est ?
Querelle de savants, à laquelle nous prendrons soin de ne pas nous mêler. D’autant que le bruit court, selon lequel le champ de bataille aurait été récemment découvert. À suivre, donc.
En attendant, l’énigme demeure. Et Ambiorix court toujours !
P@3ck