
Selon César, la région centrale du pays Éburon se trouve entre la Meuse et le Rhin. Ces fleuves forment les deux côtés d’un triangle dont le sommet se situe, au nord-est, à leur embouchure dans la mer du Nord ; et la base, au sud, en Ardenne-Eifel. Au-delà commence le pays Trévire.
Après le massacre des Légions de Sabinus et Cotta, César contre-attaque puis se livre à une série de représailles sanglantes contre les Éburons, et les Belges en général. Les ralliements, plus ou moins sincères, sont nombreux.
Les Éburons, quand ils ont survécu à la vengeance de César et aux pillages de tribus venues de Germanie, ne constituent plus que l'ombre d'un peuple appelé à disparaître. Ambiorix ne peut plus compter sur lui.
Bref, c'est un guerrier isolé qui, durant quelques années encore, va échapper aux pièges de César et de ses alliés, tout en poursuivant la guérilla.
UNE AIRE RESTREINTE
Où ? En Ardenne, essentiellement : "(César) arrête de marcher en personne avec les trois autres, vers le fleuve de l'Escaut, qui se jette dans la Meuse, et de gagner l'extrémité des Ardennes, où il entendait dire qu'Ambiorix s'était retiré avec un petit nombre de cavaliers".
Par ailleurs : "Les Sègnes et les Condruses, peuples d'origine germaine, qui habitent entre les Éburons et les Trévires, envoyèrent des députés à César, pour le prier de ne point les mettre au nombre de ses ennemis..." Ce qui limite encore le champ d'action "fiable" de l'Éburon au sud de la Meuse et à l'est de l'Ourthe orientale.

Précisément, en remontant le cours de l'Ourthe (S) au départ de son confluent avec la Meuse, l'on rencontre successivement les confluents de la Vesdre (E), et de l'Amblève (S-E), avant celui des deux Ourthes, dont la branche Orientale naît à Ourthe, non loin des sources du Glain (ou Salm) lui-même affluent de l'Amblève. La boucle est bouclée.
Est-ce par hasard que la légende locale fait du Steinemann (l'homme de pierre), situé sur le territoire d'Espeler à mi-chemin entre les sources de ces deux dernières rivières, le tombeau de... Cotta ?
LE "RÉDUIT ÉBURON"
Tactiquement, ce "réduit du sud-est" est devenu le dernier endroit où Ambiorix et ses hommes peuvent vivre dans une tranquillité relative, tout en y poursuivant la lutte. Une base arrière idéale, en fait.
Le relief, particulièrement accidenté, présente à la fois autant de difficultés et de dangers pour l'ennemi, que d'opportunités tactiques et stratégiques pour Ambiorix. Propices aux embuscades, les vallées encaissées y sont surplombées de crêtes et de plateaux constituant autant de postes d'observation. Il y dispose également de points fortifiés, dont certains ont pris de l'ampleur au fil des siècles.

Le terrain, outre sa topographie, est couvert de forêts et de tourbières facilitant la retraite. Et la région est bien située pour lancer des incursions en profondeur vers l'ouest, menées par de petits groupes de guerriers n'ayant plus rien à perdre.
UN ALLIE DE POIDS
A l'est, le roi pourchassé possède encore quelques alliés chez les Germains ; et les Trévires, au sud, ont une dette envers lui.
Mais aussi, mais surtout, il s'y trouve un argument de poids : l'or !
Celui-ci, alluvial ou natif, affleure partout dans la région. Les vestiges de tertres d'orpaillage, et une mine située non loin de la Baraque de Fraiture, en attestent. De même que la présence de nombreuses fortifications, déjà évoquées.
Sans doute, à l'époque, les filons ont-ils déjà été exploités. Mais tout porte à croire qu'il reste assez de métal précieux : Ambiorix dispose de ressources pour acheter les biens nécessaires à la poursuite de la guérilla.
Et le silence, si ce n'est la complicité, des tièdes.
FIN DE LA GUÉRILLA ORGANISÉE
Combien de temps Ambiorix parvient-il à mener des opérations concertées ? On situe généralement la fin de la guérilla éburonne, organisée, vers 51 avant notre ère. L'indice est de taille.

Rusé et sans pitié, mais ni plus ni moins que les autres chefs militaires de l'époque, Ambiorix était admiré et apprécié par son peuple. Par ailleurs, César ne lui prête pas d'actes de cruauté propres à rallier les hésitants. Sur le point d'être pris par les Romains, ses proches n'hésitent pas à se sacrifient pour le protéger.
S'il paraît évident que César, impatient de devenir premier à Rome, a tout intérêt à occulter au plus vite toute trace de résistance en Gaule, il est tout aussi évident qu'un homme tel qu'Ambiorix, en pareilles circonstances, ne peut indéfiniment échapper à la mort, ou décider de sauver ce qui reste de ses fidèles.
LE MYSTÈRE AMBIORIX
Le vainqueur de Sabinus et Cotta, qui y avait déjà un pied, entre alors dans la Légende.
Est-il mort ? En ce cas, ne pourrait-on soupçonner le "Tombeau de Cotta" d'être, en fait, celui de son vainqueur ?
S'est-il réfugié chez les Germains qui, on l'a vu, sont tout proches ? Et dont les Éburons sont à tel point parents qu'on les qualifie de "celto-germaniques" dans une zone d'interpénétration qui subsiste de nos jours, et dans un contexte ou le terme de "frontière" n'a, à tout le moins, pas le sens que nous lui prêtons. La démarche serait logique.
Mais rien ne vient étayer une thèse plus que l'autre.
LA LÉGENDE COURT TOUJOURS
Quoi qu'il en soit, César n'obtiendra jamais la tête de son ennemi. Ce qui, soit-dit en passant, ne l'empêchera pas de raser sa barbe en dépit du serment prêté au lendemain de la débâcle de Sabinus et Cotta.
Et il n'est pas douteux que des actes isolés, plus ou moins apparentés à des actions de résistance, ont du perdurer bien après -51. De là à y voir l'ombre d'Ambiorix il n'y a qu'un pas.
Franchi, depuis plus de 2.000 ans et par autant de biais, par la légende. Qui court toujours, et le Roi des Éburons avec elle.

Ainsi le mythique Cheval Bayard est-il intéressant à plus d'un titre. Car il existe d'étranges similitudes entre Ambiorix - par ailleurs chef d'un peuple faisant figurer le cheval sur certaines de ses monnaies - échappant éternellement à ses poursuivants sur un destrier fougueux, entouré par quatre cavaliers, et la légende des Quatre fils Aymon. Pour ne parler que d'elle.
Mais ça, c'est une autre histoire.
P@3ck